Lettre ouverte d’un journaliste togolais au président françai François Hollande

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Journaliste togolais vivant à Accra au Ghana, Béni Sylvestre a pris sa plume pour écrire au président français François Hollande. Dans cette correspondance, il dénonce l’interventionnisme français sur le contient africain et le soutien que le pays de la Liberté accorde aux dictatures qui arrivent à bâillonner leur peuple par les armes que la France leur livre.

« Vous en doutez, M. Le président vos armes serviront à nos dinosaures et tyrannosaures politiques de s’éterniser au pouvoir en marchant fièrement sur des cadavres, sautant à loisir les verrous du cadre temporel des lois constitutionnelles et de trépasser président comme vos amis françafricains : Gnassingbé Eyadema et Omar Bongo Ondimba », écrit Béni Sylvestre à l’endroit du président français.

Lire l’intégralité de la lettre.

Béni Sylvestre
Novembre 21, 2013.
Accra-Ghana
Lettre ouverte à Monsieur François Hollande, président de la République française

Excellence monsieur le Président,

C’est cœur meurtri que nous nous sommes mis à faire cet exercice que nous considérons d’une importance capitale pour vous rappeler un certain nombre de choses concernant la politique africaine de la France. Notre démarche a été surtout motivée par cette envie qui nous a toujours caractérisé, nous citoyen africain, de retrouver au plus vite possible notre totale liberté vis-à-vis des puissances occidentales, la France comprise, cette liberté qui depuis longtemps nous a été confisquée contraignant l’Afrique toujours à se prosterner, à faire allégeance.

Monsieur le Président,

C’est avec une attention particulière que nous avons suivi du 15 au 18 novembre 2013, le déplacement de votre ministre de l’intérieur, le sieur Manuel Valls sur le continent africain, notamment à Dakar au Sénégal, Abidjan en Côte d’ivoire, Bamako au Mali et Nouakchott en Mauritanie. Au cours de sa tournée dans ces capitales ou villes africaines, monsieur Valls avait pour objectif de renouer la coopération avec les pays visités en matière de sécurité, plus particulièrement dans la lutte contre le crime organisé, le trafic de stupéfiants et la lutte contre le Terrorisme, à en croire ses déclarations. Ainsi, des accords ont été signés dans ce sens et comme de petits beignets, des armes distribuées aux autorités politiques de ces pays précités. Des armes, encore des armes, toujours des armes, des armes, rien que des armes. Ces armes que vous nous remettez aujourd’hui contre le Terrorisme, monsieur le Président, c’est à dessein. La France de plus en plus menacée de terrorisme, l’Afrique doit être sentinelle avec des pays aussi ciblés, nous disons non. Non parce que l’Afrique ne peut éternellement être valet de chambre pour aucune puissance occidentale. Non parce que valet de chambre, nos aïeux l’ont été pendant la colonisation, nos parents avec le néocolonialisme mais nous, avec cette fierté d’appartenir à une Afrique que nous chérissons, couvrons de tous les soins et donc normal que nous voulons guérir de tous ses maux, nous disons assez ! Assez parce que le terrorisme qui est à nos portes aujourd’hui et lorgne évidemment les vôtres, c’est vous qui l’avez fabriqué et provoqué. Assez parce que ces terroristes, la plupart sont formés dans vos écoles et universités, ils ont servi dans vos administrations, porté le rêve de vos nations, mais votre cupidité et votre méchanceté à les imposer votre vision, les a poussé à se rebeller, à prendre des armes pour s’affirmer et nous en sommes là aujourd’hui à pleurer nos morts et à chercher en vain des solutions.

Monsieur le Président,

Une année est passée lorsque vous reprochiez à votre prédécesseur Nicolas Sarkozy, ancien grand ami de Mouammar Kadhafi, de croire que la fonction du président de la République n’est pas une fonction normale. Et voilà monsieur le Président, vous qui estimez la présidence normale et donc que vous êtes un président normal, curieux que n’aviez-vous pas su que donner des armes aux présidents déséquilibrés qui pullulent, foisonnent sur le continent africain, c’est pour qu’ils s’en servent contre leurs peuples. Votre normalité ne vous a jamais donné le moindre pressentiment qu’offrir des armes à un pays comme la Côte d’ivoire qui n’est totalement guérie de ses luttes ou confits fratricides, c’est encore donner l’occasion aux frères ivoiriens de s’entretuer davantage puisque des poches de résistance existent toujours sur ce territoire. Par ailleurs, le geste en soi nous intrigue et nous étonne : la remise des armes en Côte d’Ivoire. A moins que cela ne soit une erreur de notre part, le président Ouattara imposé par la France aux Ivoiriens ne devait pas manqué d’armes. Lui qui avait longtemps soutenu les Forces nouvelles, disons mieux les Forces rebelles de Guillaume Soro devrait en avoir suffisamment puisqu’ils avaient tant bien que mal réussi à tenir la dragée haute aux éléments de Laurent Gbagbo pendant les longues années de crise et de scission de la Côte d’Ivoire avec au finish, le président Gbagbo tombé comme une « mangue pourrie ».

Vos armes monsieur le Président si vous en doutez, serviront à nos dinosaures et tyrannosaures politiques de s’éterniser au pouvoir en marchant fièrement sur des cadavres, sautant à loisir les verrous du cadre temporel des lois constitutionnelles et de trépasser président comme vos amis françafricains : Gnassingbé Eyadema et Omar Bongo Ondimba. Donc pour votre normalité, nous sommes désolés monsieur le Président de vous annoncer qu’elle n’est pas à la hauteur des grands enjeux africains et surtout de la seule et unique question de l’heure. Vous voulez en savoir certainement et elle est simple : L’Afrique veut se libérer de la France. Le continent africain ne veut aucunement des armes mais la paix et une totale autonomie vis-à-vis de la France. L’Afrique aux africains un peu comme le souhaite votre épouvantail Marine Le Pen, raciste jusqu’au sang : La France aux français. Oui, nous voulons que la France demeure aux Français avec ces armes que vous distribuez à tout va, et l’Afrique aux africains avec ses mines d’or, diamant, ses phosphates et ses milliards qui ne prendront plus la direction de l’occident. La France aux français, l’Afrique aux africains voudrait aussi dire, plus d’intrusion de la France dans le choix des dirigeants politiques africains. Le capitaine Dadis Camara faisait déjà savoir cela à Bernard Kouchner que « La Guinée n’est ni une sous-préfecture ni un arrondissement de la France ». Mais la France n’a toujours pas compris. Il y a plus de trois décennies, Thomas Sankara, le père de la révolution burkinabè, froidement assassiné dans l’après-midi du 15 octobre 1987 par de lâches criminels qui courent toujours et dont votre pays, la France en sait davantage ou en est pour quelque chose, Sankara disions-nous, fit ce constat: « La France ne comprend toujours pas l’Afrique [alors] qu’il est grand temps qu’elle la comprenne ».

Monsieur Hollande,

La France, votre France et ces multiples France qui vous ont précédé, n’ont jamais compris l’Afrique or, nous ne cessons de rappeler à la France entêtée, butée, fermée et sourde aux profondes aspirations des peuples africains que toute Afrique réunie est fatiguée d’elle. La France à ce que nous sachions, n’est pas le seul pays européen qui a eu des colonies en Afrique. La Grande Bretagne, l’Italie, le Portugal etc. avaient des colonies sur le continent africain. Alors demandez-vous pourquoi ces autres nations européennes après l’indépendance de leurs anciennes colonies ne s’ingèrent plus dans leurs affaires politiques et que c’est toujours la France qui est excitée, qui s’obstine à fourrer son nez un peu partout, multipliant des erreurs grossières sur notre continent, enchainant sans pudeur nos destins. Devons-nous croire que c’est un malheur d’avoir eu la France comme pays colonisateur ? « La politique africaine de la France, nous la trouvons très française […] hier la France était dans tel ou tel autre pays d’Afrique, soit pour maintenir un chef ou un dirigeant roitelet, soit pour débarquer d’une Caravelle un autre que l’on emportait avec soi. Aujourd’hui encore, la France procède ainsi ». Le vénéré capitaine Thomas Sankara, ne croyait pas mieux dire à l’époque.

Monsieur le président de la République française,

Concernant le Mali, dans l’une de vos récentes déclarations, vous disiez avec un sentiment à peine voilé de regrets nous vous citons : « La France paie le prix de son engagement au Mali… ». C’était après l’enlèvement du Prêtre de Jésus-Christ Georges Vandenbeusch au nord Cameroun par des islamistes et l’assassinat à Kidal au Mali des deux journalistes français Ghislaine Dupont et Claude Verlon, des actes que nous condamnons fermement et souhaitons que les auteurs de ces crimes crapuleux soient traduis devant les tribunaux pour répondre de leurs lâchetés. Qu’à cela ne tienne monsieur le Président, hier, aujourd’hui et toujours, votre intervention militaire au Mali ne doit en aucun cas être interprétée comme une faveur pour le peuple malien, non. Si vous croyiez que l’opération Serval est un service rendu au Mali, de grâce, détrompez-vous. Des armes que vous distribuez aujourd’hui, étaient les mêmes ou presque, offertes par la France aux rebelles libyens pour liquider le roi versatile Mouammar Kadhafi. A l’époque, l’Union Africaine avait fermement condamné votre action mais vous n’avez cure de renoncer puisque cela semblait vous amuser, la chute de Mouammar Abu Minyar Al-Kadhafi. L’aigle peut entendre chanter les petits oiseaux mais ne s’inquiète de ce qu’ils chantent. Une attitude d’arrogance, de suffisance qui a toujours guidé les actions du colon se considérant toujours plus éclairé même si c’est une évidence qu’il patauge misérablement dans l’erreur. Le fruit de votre geste, c’est la recrudescence de la criminalité, attaques terroristes, insécurités sur le continent africain dont le Mali n’est que la partie visible de l’iceberg. Les armes utilisées par les islamistes contre vos propres forces de l’opération Serval, dont certains militaires français tombés malheureusement sur le champ d’honneur, ces armes disions-nous, la plupart viennent de la Lybie après la chute de Kadhafi. La Lybie, ce pays que vous laissez aujourd’hui au bord de l’implosion. Monsieur le Président français, c’est donc un devoir pour la France de venir réparer au Mali, ses erreurs commises en Libye. Vous comprendrez alors que c’est bien normal que la France paie le prix de ses multiples erreurs sauf que ce sont des innocents qui le payent malheureusement. Celui qui n’a pas tiré leçons des erreurs du passé, est condamné à les revivre.

Monsieur le Président Hollande,

Dans le cadre de cette supposée coopération militaire avec des pays africains contre le Terrorisme ou le grand banditisme, vous avez accepté le président de la République togolaise, Faure Gnassingbé, un homme couvert de sang de la tête jusqu’aux orteils de parcourir la France et que ses pieds foulent les marches de l’Elysée. Monsieur le Président, votre hôte a entaché la France. La France est entachée. La France est entachée par le sang des milliers de Togolais tombés en avril 2005 sous les balles des soudards du régime togolais, la France est entachée. La France est entachée par le sang d’Anselme tombé récemment à Dapaong, au nord-Togo sous les balles d’une soldatesque avinée, avilie et anti-républicaine, la France est entachée. La France est entachée par le sang de Douti et d’Etienne Yakanou, des cadavres personnels de Faure Gnassingbé, la France est entachée. La France est entachée par le sang de tous les togolais disparus par la faute d’un régime quadragénaire qui clochardise la jeunesse sans pudeur aucune, la France est entachée. Et votre main qui a échangé des civilités avec Faure Gnassingbé, cette main est aussi entachée, souillée de sang. Cette tache nous voudrions gentiment vous rappeler monsieur le Président qu’elle est indélébile. Désormais les âmes des Togolais trépassés qui pleurent silencieux dans le sein de la terre, qui crient inaudible justice, vous les écouterez aussi dans vos nuits profondes, rêves ou songes encore inconscients car, la compagnie entraîne l’homme à l’échafaud.

Monsieur le président Hollande,

À l’annonce du sieur Manuel Valls sur le continent africain, nous pensions à la fin du calvaire. Nous comptions déjà dans notre imagination les termes d’une solennelle déclaration de fin de dépendance française, dommage que nous devons attendre mais pour combien d’années encore avec ces jours et mois d’anxiétés, de supplices, de misères accumulées qui rongent indéfiniment notre patience. Avec ces mots monsieur le Président, nous avons clairement conscience que nous dérangeons. Mais la question est de savoir qui nous dérangeons. La réponse est sans ambigüité : Nous dérangeons ceux qui nous dérangent. S’ils continuent, nous serons sur leurs routes, s’ils cessent, nous cessons et la vie continue sans se regarder en chiens de faïence.

Notre plume nous force à continuer puisqu’il y a plus de cinquante ans que cela dure, que nous ployons sous le poids de ce fardeau, héritage historique encombrant. Mais, nous estimons avoir été suffisamment clairs. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !
Monsieur le Président, recevez donc nos salutations africaines les plus vives et les plus chaleureuses.

 
Beni-Sylvestre
 

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