A chaque accident, son communiqué. Le 31 janvier dernier, une collision entre un minibus et une semi-remorque à Gléï avait causé la mort de dix personnes et fait onze blessés graves. Réaction officielle : compassion, promesses de suivi, paix aux âmes des disparus. Le vendredi 6 février 2026, un autre accident de la circulation s’est produit sur la route nationale n°1, au niveau du pont de Kaniambou, dans la commune de Sotouboua 1. Deux camions semi-remorques sont entrés en collision lors d’un croisement sur l’ouvrage, provoquant l’incendie total de l’un des véhicules. Communiqué, co-signé par les ministres de la Sécurité, des Finances et des Transports, le deuxième en l’espace d’une semaine.
Si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée le 6 février dernier, les dégâts matériels sont considérables. Soumis à une chaleur intense pendant plusieurs heures, le pont a été endommagé et fragilisé, rendant la circulation encore plus difficile sur un axe déjà saturé.
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Sur la nationale n°1, ces drames sont loin d’être exceptionnels. Les collisions impliquant des gros porteurs constituent la principale cause des accidents les plus graves, en particulier au niveau des ponts.
Ces ouvrages, souvent étroits et inadaptés au croisement de véhicules de grand gabarit, sont devenus des points noirs récurrents. Les collisions y provoquent régulièrement des incendies spectaculaires, endommageant, voire détruisant les infrastructures.
Il a ainsi fallu, en 2023, un accident similaire entre Niamtougou et Pya — impliquant des camions et suivi d’un incendie — pour que l’État se résolve à ériger un nouveau pont. Une réponse tardive, intervenue après la catastrophe, fidèle à une gestion réactive plutôt que préventive de la sécurité routière.
Les causes de ces accidents sont bien connues : une route à très forte densité de circulation, mais à chaussée étroite, parfois réduite à une seule bande de bitume par sens. Excès de vitesse, surcharge chronique des véhicules, dépassements dangereux sont monnaie courante. Autant de pratiques tolérées par une Division de la sécurité routière que de nombreux usagers accusent de fermer les yeux sur les infractions, au détriment de la vie humaine.
Depuis des années, la question du dédoublement de la nationale n°1 est pourtant posée. Longue de près de 650 kilomètres, cette route relie Lomé au nord du pays et constitue l’axe économique le plus stratégique du Togo.
Elle supporte quotidiennement le trafic des camions acheminant les marchandises du port de Lomé vers les pays de l’Alliance des États du Sahel. Une artère vitale pour l’économie nationale, mais dangereusement inadaptée aux volumes et au type de trafic qu’elle absorbe.
Il y a 21 ans, Faure Gnassingbé promettait la transformation de la nationale n°1 en autoroute moderne, qu’il avait alors baptisée « le fleuve de l’espérance ». Cette infrastructure devait irriguer le pays du sud au nord et accompagner le développement économique. Deux décennies plus tard, l’espérance s’est muée en désillusion. La route n’a pas été dédoublée, encore moins transformée en autoroute. Elle continue de tuer, pendant que la promesse reste suspendue aux discours.
L’alternative ferroviaire, souvent évoquée, demeure elle aussi un mirage. La construction ou la réhabilitation d’une voie ferrée permettant d’acheminer une part significative des marchandises par train réduirait pourtant considérablement la circulation des gros porteurs sur la nationale n°1, l’usure des ouvrages et les risques d’accidents mortels. Mais là encore, les annonces ne se traduisent pas en actes.
Le symbole est d’autant plus cruel que l’accident de Kaniambou figure parmi les tout premiers dossiers portant la signature du nouveau ministre des Transports et des Travaux publics, Komlan Kadjé, nommé pour la deuxième fois à ce portefeuille.
Tandis que son village célébrait sa nomination par une marche de soutien le 31 janvier, son premier acte officiel aura été d’avaliser un communiqué annonçant un accident ayant gravement endommagé un pont sur la nationale n°1.
Selon des témoins présents sur les lieux, l’intervention des sapeurs-pompiers a été limitée par l’insuffisance des moyens, notamment en eau. Le camion incendié s’est entièrement consumé, propageant les flammes à la structure du pont et compromettant sa solidité. Une scène devenue tristement familière sur cet axe.
À force de communiqués, l’État togolais semble gérer la nationale n°1 comme une fatalité. Mais la répétition des accidents, des pertes en vies humaines et des destructions d’ouvrages révèle surtout une incapacité persistante à anticiper.
Sans dédoublement de la route, sans alternative ferroviaire crédible et sans application rigoureuse du code de la route, le « fleuve de l’espérance » restera un couloir de mort.
François BANGANE















