En février 2023, nous avons publié une tribune intitulée “qui pour faire face aux vraies réformes de l’éducation”.
Trois ans après, nous avons eu l’honneur, le 28 novembre 2025 de participer à une rencontre initiée par le ministre de l’éducation nationale pour nous présenter les nouvelles orientations de l’éducation que préconise le Président du Conseil.
Voici en rappel le contenu de cette tribune et les fondements de la nouvelle orientation de la refonte de tout le système de l’édition présentée par le ministre.
I/Notre Tribune (février 2023)
La crise de l’éducation a atteint des proportions qui ne devraient laisser personne indifférent. Malheureusement, selon le Pr M’boni, doyen de la faculté de médecine à l’universalité de Douala, « quand l’élite se planque, le peuple est abandonné ».
Depuis son indépendance en 1960, notre pays le Togo a fait des efforts dans le domaine de l’éducation. Ces efforts se sont soldés par la croissance des effectifs des apprenants, l’amélioration des structures d’accueil et de la qualité de l’enseignement. De même la formation ainsi que le nombre des enseignants et formateurs est au-dessus des espérances.
Aussi, par les réformes de 1975, l’Etat togolais avait-t-il réaffirmé sa volonté de rendre la scolarité gratuite et obligatoire pour tous les enfants de 2 à 15 ans. Ceci a connu un succès à la suite de la conjoncture favorable à partir de 1974 avec le boom du phosphate. Malheureusement, à partir de 1982, la situation économique s’est détériorée et la qualité de l’enseignement a pris un sérieux coup à tous les niveaux. Ainsi, à partir de 1985, les conditions macro-économiques furent particulièrement difficiles pour le pays. Le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) a été imposé sur la base d’une austérité économique particulièrement sévère surtout dans le secteur de l’éducation.
La crise socio-politique de 1990-1994 a également engendrer la dégradation des infrastructures déjà précaires. Ce qui a porté un coup supplémentaires à la qualité et au rendement de tout le système éducatif. Cette situation à fait l’objet de beaucoup de réflexion. Il s’agit des études spécifiques, des rencontres, des ateliers et même des États généraux de l’éducation qui ont abouti à « une déclaration de Politique sectorielle de l’éducation et de la formation » adoptée par le Togo le 12 mai 1993.
En effet, après les années 1980 et 1990 marquées par le Programme d’Ajustement Structurel, les années 2000 ont connu beaucoup de grèves. Ce qui a provoqué l’arrivée du secteur privé pour combler le déficit du secteur public. La pression démographique aussi n’était pas du reste avec des besoins multiples qui viennent chaque année grever le budget de l’Etat. Depuis, le secteur privé est devenu un partenaire incontournable avec plus de 30% de l’effectif des apprenants notamment dans les filiales commerciales et industrielles.
Le changement introduit par la nouvelle organisation de la subdivision administrative de l’Etat avec la communalisation intégrale et l’érection des régions en collectivité locales autonome va créer de nouveaux besoins. En suite la crise sanitaire liée à l’avènement de la maladie de Covid 19 et surtout l’avènement de la guerre en Ukraine ont montré la vulnérabilité de notre économie et son impact sur la vie sociale.
Plusieurs questions méritent d’être poser :
I ’offre de formation et d’enseignement du système de l’éducation répond-elle à la demande du marché du travail aujourd’hui ;
le système de l’éducation est-il en harmonie avec l’évolution de la technologie et de l’environnement socio-économiques ;
les sortants du système maîtrisent-ils les exigences des métiers et aux besoins du monde des entreprises pour leur propre initiative dans leur milieu ;
y-a-t-il une adhésion effective des acteurs de l’éducation face au nouveau modèle socio-économique qui est annoncé ?
La réponse à toutes ses questions doit conduire à une réorientation de notre système de l’éducation si on ne veut pas rester des éternel assistés. Le pays est en train d’amorcer une nouvelle phase de son développement avec un accent particulier sur le développement de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaires qui est le point d’orgue qui sous tend les Forums des Producteurs Agricoles (Fo.P.A) depuis quelques temps. Il faut pour cela, former des techniciens à tous les niveaux qui manquent actuellement avec de nouvelles offres de formation. C’est le moment de faire la promotion des filières techniques telles que la mécanique générale, l’électronique, l’électricité pour des besoins des centrales électriques, des ingénieurs en informatique pour les besoins des infrastructures à construire. C’est un défi considérable pour en fin rattraper le retard pour le décollage économique de notre pays.
L’enseignement technique et la formation du capital humain est aujourd’hui une urgence. Pour cela, il faut réduire la durée de l’éducation et de la formation à l’école au profit de la formation professionnelle continue tel que préconisés par les réformes de 1975 et les différents Plans Sectoriels de l’Education successifs. De plus, il faut une application total des dispositions pour une différenciation et une distinction de l’éducation des élites intellectuelles pour des diplômes supérieurs et l’élite professionnelle. Personne n’est obligé de passer plus de quinze (15) ou vingt (20) ans à l’école avant d’arriver sur le marché du travail. La séparation devrait être faite à un niveau très bas déjà en classe de 5e selon les propositions de la réforme de 1975. Ceci permet de dégraisser et alléger l’enseignement sur les réelles compétences nécessaires et éviter un bourrage intellectuel pour nourrir la classe des chômeurs.
Le chômage semble être une fatalité, un véritable poids sociale. Comme le disait Mandela, « l’éducation est l’arme la plus puissante pour détruire le monde ». Aujourd’hui , pour un concours prévu pour 200 places, on dénombre plus de 20 000 candidats. Plusieurs personnes passent plus de la moitié de leur vie posté scolaire à passer les concours en vin. Ainsi, « que vaut le diplôme aujourd’hui si toute la vie est un concours ? »se demande le journaliste togolais Michel Tchadja.
Comme on peut le constater, l’éducation au Togo est trop élitiste et sectaire surtout après le deuxième degré, à cause du manque de l’orientation scolaire. On se rend à l’évidence, que dans beaucoup de cas, l’école est une perte de temps pour ceux qui ne sont pas prédestiné à des compétences élitistes. Comme le disait une fois l’humoriste togolais Gogologo sur sa page Facebook « je ne sais même pas à quoi ça m’a servi d’apprendre les cosinus et les sinus à l’école ». Et, un autre d’ajouter dans les commentaires, « surtout les nombres complexes et les drosophiles aux yeux rouges ». Ça fait rire mais il pose là un réel problème de société.
En effet, le système éducatif togolais est organisée suivant quatre degré d’enseignement du primaire au supérieur en passant par le collège et le lycée au tour de l’enseignement classique et l’enseignement technique. Ici le problème de fond reste l’orientation des apprenants par rapport au compétences à acquérir, aux capacités d’accueil et aux besoins du marché du travail.
Il faut noter que dans les deux sous secteurs de l’éducation à savoir le système de l’enseignement général et technique, le deuxième degré et surtout le troisième degré constituent un véritable goulot d’étranglement, une véritable casse-tête pour les sortants du système. Ce n’est un secret pour personne, la possibilité d’insertion dans la vie active est un véritable parcours du combattant. L’adéquation entre les compétences acquises et les emplois disponibles est difficile à justifier.
Au regard de l’évolution de la technologie et de la vitesse vertigineuse de l’information qui permet et facilite la proximité de la connaissance, de même que l’obsolescence des connaissances acquise sans aucune pratique dans un laps de temps, pour la rentabilité et l’efficacité du système, le troisième degré doit être remodeler. Aujourd’hui, le troisième degré devient de plus en plus encombrant et inefficace à cause du manque d’infrastructures, du matériel didactique, des équipements dans les laboratoires et autres salles des TP (travaux pratiques ) s’ils existent encore dans les différents lycée d’enregistrement général. Aussi les ateliers de pratique dans l’enseignement technique, s’ils sont équipés de matériels, sont vétustes, inadaptés et parfois en quantité insuffisante. Dès lors, les travaux pratiques et de construction mécanique et autres activités de modelage ont l’air de corvées et les pièces réalisées ne servent à rien. Partout, que ce soit dans l’enseignement général comme dans l’enseignement technique, en lieu et place de la formation pratique, c’est l’inflation qui est donnée et le reste du savoir faire est sous traité avec les partenaires privés sans être sûr de l’équité de la formation pour tous les apprenants sur toute l’étendue du territoire national.
Outre ces insuffisances caractéristiques du système, il faut ajouter la carence et le manque criard de la formation initiale de plus de 75% des enseignants selon le document de la « Politique Nationale du Secteur de l’Éducation et de la Formation (PNSEF) pages 11 et 12. Toutes ces faiblesses qui se sont accumulées depuis des années ont rendu le système peu performant. Ce qui fait que le système de l’éducation nationale ne constitue plus un outil de promotion individuel et collectif. Les compétences acquises pratiquement au rabais à la sortie du système à tous les niveaux, ne permettent pas un accès direct à un emploi salarié. Pi, le système tel qu’il est aujourd’hui ne forme pas pour l’auto emploi et ne favorise pas la prise d’initiative en vue de faire évoluer son milieu dans un cadre de développement participatif. Notre système d’enseignement n’est plus adéquat avec les réalités socio-économiques nationales et internationales. La preuve est qu’ aujourd’hui, l’emploi moderne, qualifié ou peu qualifié ne représente que 6,8% de la population active alors que 46% de l’emploi total se trouve dans le secteur agricole. Aussi, 45% de la population active occupe un emploi à très faible productivité et assez proche du chômage. Le reste dans le sous emploi et le chômage pour la plupart des cas, des gens sortis du système après plus 15 à 20 ans d’études au troisième et quatrième degré. Alors que malheureusement à peine 1% des sortants de tout le système éducatif ont une formation en agriculture qui occupe plus de 45 % de la population active. Quel paradoxe que les investissements publics en formation ignorent royalement ou presque le secteur de l’agriculture et aussi dans une certaine mesure le secteur informel non agricole qui ensemble compte 90 % de la population active occupée.(Cf charte de partenariat publique/privé page 3). Il s’agit ici des personnes les moins éduquées de la population surtout des jeunes. Ce qui explique la faiblesse constatée de la productivité, du fait de l’utilisation des méthodes archaïques sans possibilité d’innovation .
On ne le dira jamais assez, l’amélioration du savoir-faire devrait être le fondement qui doit déterminer le savoir et l’éducation doit être modelée pour répondre aux exigences de l’évolution de l’environnement socio-économique du moment.
“Le monde change et nous devons vivre avec notre temps”. dix Seydou Badian Kouyaté. Avec le changement de l’organisation de la subdivision administration introduit par le processus de la décentralisation par la communalisation intégrale, l’érection des régions en collectivités locales plus ou moins autonomes, et face à l’évolution fulgurante des technologies de l’information d’une part, et après l’apparition des nouveaux besoins du à l’avènement de la maladie à corona virus et la guerre en Ukraine sans oublier l’apparition du terrorisme transnational d’autre part, une réorganisation de tout le système de l’éducation s’impose.
De tout ce temps, « notre système d’éducation nous a appris seulement à lire. Le temps d’apprendre à faire est arrivé. Le savoir doit avoir pour fondement le savoir-faire. Désormais, il faut éduquer les faiseurs et non les lecteurs » Dr Daminba. D’où la nécessité de mettre un accent particulier sur les sciences, la technologie, l’ingénierie et l’informatique appliquée depuis le bas niveau de l’École tel que prévu par le nouveau PSE et une année de services militaires obligatoire . Ce qui permet de mettre l’apprentissage et la connaissance en phases avec la réalité et la tradition en intégrant la lutte contre le terrorisme. Ainsi, tous les niveaux de sortie du système peuvent garantir un emploi après 6 mois à un an de stage d’initiation avec une perspective adéquate.
A cet effet, il devient nécessaire de revoir les orientations budgétaires de l’État un temps soit peu, pour changer les conditions de vie plus difficiles à ce jour.
Et pourtant, les États Généraux de l’éducation annoncés par le chef de l’Etat dans son discours à la nation le 26 avril 2012 est resté sans effet.
Le changement de la matrice de l’éducation en intégrant la vitesse de la circulation des informations et la proximité des connaissances introduite par les TIC et l’extrémisme violent, pour notre pays est une urgence. La durée de l’apprentissage et de l’acquisition des compétences après une bonne synthétisation sur la forme et dans le fond doit être drastiquement réduite au profit de la formation continue. Il n’est pas normal de perdre du temps pour apprendre des choses dont on n’est pas sûr de s’en servir ou qui sont déjà obsolètes. Il faut faire en sorte que la formation continue et les stages de recyclage des fonctionnaires deviennent l’objet d’un partenariat entre le secteur privé et le public.
Pour être conforme à la nouvelle donne socio-politique de notre pays, vu la pression des nouvelles formes des urgences pour la sécurité militaire, sanitaire, alimentaire et climatique, il faut un nouveau modèle économique et social. Ce qui confère une opportunité ultime de changer le système de l’éducation par une reformulation des compétences et des curriculas, en tenant compte des passerelles, bâtir des profils et filières de carrières avec un parcours professionnel structuré et planifié depuis l’entrée jusqu’au sommet de la hiérarchie. Sur la base de la formation continue et des objectifs professionnels et un plan de carrière adapté aux différentes étapes de carrière, cela permet de répondre au modèle de l’industrialisation annoncé.
Les objectifs de la vision de l’émergence 2030 doivent intégrer l’évolution de l’environnement socio-économique en tenant compte des potentialités de chaque région du pays. Ainsi la réorientation du système scolaire doit permettre de détecter très tôt les talents pour mieux les organiser aux fins de dégrossir le marché du chômage. Il faut inverser la situation actuelle de notre société. Et cela ne pourra se faire sans une mobilisation de tous les moyens humains et financiers nécessaires pour engager la bataille d’une révolution intellectuelle afin de sortir de de cette posture de l’aliénation et l’attentisme qui empêchent les initiatives individuelles et l’innovation pour le progrès collectif.
En conclusion, nous dirons qu’il faut sortir du système francophone colonial des formations diplômantes pour un système pragmatique à l’instar du système anglophone. Ce qui nécessite de réformer en profondeur pour un enseignement technologique supérieur court pour former des ingénieurs dans des corps de métiers capables de soutenir l’industrialisation. Dans ce cas, chaque sortant après deux ans de formation doit pouvoir maîtriser trois métiers. Ce qui fera de l’éducation le déterminant du développement.
II/ le fondement de la nouvelle politique de l’éducation nationale.
LES ORIENTATIONS STRATEGIQUES DU MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE
Les sept(7) axes stratégiques pour le ministère de l’éducation nationale.
AXE 1 : L’équité d’accès à l’éducation et la formation
Objectif : Assurer à chaque citoyen, un accès équitable et continu de l’éducation et de la formation tout au long de sa vie.
AXE 2. L’exigence de qualité et d’excellence dans l’éducation et dans la formation.
Objectif : Relever le niveau d’enseignement à travers la révision des curricula.
AXE 3 : L’arrimage de la formation et de la recherche au besoin de notre nation
Objectif : Faire de l’éducation et la recherche les leviers stratégiques du développement économique, social et technologique de notre pays. Il s’agit de :
Renforcer les filières techniques, scientifiques et professionnelles.
Mettre en place un conseil national de formation-emploi et de recherche pour le suivi permanent.
AXE 4 : L’innovation et la recherche pédagogique et scientifique
Objectif : Moderniser et renforcer le système éducatif en développant une culture d’expérimentation ;
créer des centres d’innovation pédagogique et des pôles d’excellence scientifique.
AXE 5 : La digitalisation maitrisée du système éducatif.
Objectif : Equiper les établissements/ centres de formation en outil numérique et les doter de l’internet à haut débit.
AXE 6 : Le développement des compétences transversales et citoyennes
Objectif : Former des citoyens complets, autonomes, responsables, créatifs et capables d’apprendre tout au long de la vie.
AXE 7 : La concertation, la gouvernance et la co -constitution des politiques éducatives
Objectif : Bâtir un système éducatif participatif, transparent et orienté vers les résultats.
Pour notre part, en guise de conclusion nous dirons que, la question de la réforme de l’éducation au Togo est très cruciale pour des raisons d’adaptation aux besoins du marché, de la rédaction des inégalités et le renforcement de la gouvernance locale. Ce qui implique l’adhésion de de les acteurs concernés.
OURO-AKPO Tchagnaou président du mouvement Lumière pour le Développement dans la Paix ( LDP)
















