Ces questions méritent d’être posées et ne visent pas à introduire un épisode d’un banal « roman policier » ou à annoncer un médiocre suspense. Plus d’un demi-siècle après l’assassinat du premier Président de la République Togolaise, démocratiquement élu, on n’arrive toujours pas à dire la vérité sur ce crime odieux qui a plongé le Togo dans l’obscurité totale jusqu’à ce jour. Tout porte à croire que le Togo n’a pas des historiens dignes de ce nom pouvant écrire les vraies histoires de ce pays. Mais visiblement, c’est la peur du régime qui fait que les historiens et autres intellectuels restent muets sur certains faits pour ne pas subir les affres du système.
Comme le dit l’adage, « La vérité finit toujours par se savoir quelle que soit la durée ». Ici nous n’allons pas retracer tout sur l’assassinat de Sylvanus Olympio. Mais suite à nos investigations et vu le flou qui entoure toujours cette affaire, deux questions s’imposent : 1- Qui a tué Sylvanus Olympio ?
2- Où est cachée l’arme du crime ?
Ces questions sont des équations à deux inconnues posées au peuple togolais et au monde entier. Mais seule la France a les réponses idoines.
Le 12 janvier 1963 à Lomé, avait été une de ces journées normales, sans aspérité. Au pied de la cathédrale, le marché résonnait du rire joyeux des enfants chahuteurs. Sur le wharf, quelques adolescents se livraient aux subtilités de la pêche à la ligne sans trop y croire. Comme eux, la ville baignait dans une espèce de fatalité apaisée. Dans les cercles politiques, pourtant, ce jour du samedi 12 janvier 1963 avait été marqué par un impalpable trouble. Le président de la République, Sylvanus olympio, devait procéder à l’inauguration en grande pompe, aux côtés de l’ambassadeur de France au Togo, du Centre culturel français. Depuis un an, cette inauguration était retardée, pour des motifs que d’aucuns jugeaient peu convaincants. En fait, le président Olympio prenait prétexte de cette affaire pour marquer son indépendance vis-à-vis de la France, en n’accédant pas à toutes ses demandes, fussent-elles protocolaires. Tant et si bien que le Goethe Institut avait été inauguré avant le Centre culturel français, au grand dam de l’ambassadeur Henri Mazoyer, habitué dans les anciennes colonies françaises en Afrique à davantage de prévenance.
Qui a tué Sylvanus Olympio ?
Dans la nuit du 12 au 13 janvier 1963, Sylvanus Olympio, premier président de la République du Togo, démocratiquement élu, a été sauvagement assassiné. Pour empêcher ce dernier qui devrait prendre le 13 janvier dans la soirée le vol à destination de l’Allemagne où il avait rendez-vous pour demander qu’on frappe une monnaie pour le Togo et quitter la zone Franc CFA. A Paris, le pouvoir gaulliste craignait que l’autonomie politique d’Olympio, peu susceptible de sympathie socialiste mais attaché aux intérêts du Togo lui-même, ne le conduise à mettre en danger les intérêts économiques français. Cela n’était pas du tout du goût de la France, et pour éviter cela, il a été pris la décision purement simplement de liquider Sylvanus olympio. Et pour ne pas avoir ce crime sur le dos, la stratégie avait été de se servir des soldats togolais revenus de la guerre d’Algérie en mars 1962.
Le samedi 12 janvier 1963, vers 23 heures, des soldats français démobilisés de la Guerre d’Algérie pénètrent dans la maison du président. Sa femme ayant entendu le bruit et des tirs ayant retenti, Sylvanus se cache dans une vieille voiture de l’ambassade américaine, jouxtant sa résidence. Les « soldats » fouillent partout à la recherche du président et emportent tous les objets de valeur. Au petit matin, n’ayant pas trouvé celui-ci, ils en informent l’ambassadeur de France.
Sur le terrain et autour du domicile du président de la République, il y avait les soldats dits démobilisés. Parmi eux, se trouvent le Lieutenant Emmanuel Bodjollé, Janvier Chango, Robert Adéwui et un autre soldat français. Selon les sources informées, c’est Georges Maîtrier, gendarme français et conseiller de Sylvanus Olympio qui avait tiré deux balles sur le président. L’une des balles a traversé sa poitrine et la seconde a broyé son bassin. Suite à ces tirs, le président s’est écroulé et après, c’est un soldat togolais qui a sectionné les veines de ses mains et de sa cuisse droite.
Il est à noter que Etienne Eyadéma, soldat de rang avec grade de Sergent-chef, n’était pas du tout sur le lieu du crime. Ce dernier n’est pas l’auteur de l’assassinat de Sylvanus Olympio. Il faut qu’on ait le courage de le dire. Mais c’est sur proposition de la France contre la somme de 300.000F CFA qu’Etienne Eyadéma avait déclaré inconsciemment être celui qui a tué Olympio. Durant tout son règne de 38 ans, feu président général Etienne Gnassingbé Eyadéma avait toujours confié à certains de ses proches qu’il n’est pas celui qui a tiré sur Sylvanus Olympio. Mais hélas ! Il a porté ce lourd fardeau jusqu’à sa mort le 05 février 2005. Parce que la France l’a voulu ainsi.
Où se trouve l’arme du crime ?
Il faut le dire haut et fort, l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier président du Togo, est un crime contre le peuple togolais, un crime contre l’humanité et un crime imprescriptible.
Pourquoi après ce meurtre, personne n’avait cherché à voir l’arme qui a été utilisée pour tuer Olympio ?
Au cours de nos investigations sur ce dossier criminel et sensible, il nous est revenu que l’arme que Georges Maîtrier, gendarme français avait pris pour assassiner Sylvanus Olympio a été enterrée au premier abord dans le jardin de l’ambassade de France au Togo, le même jour du crime. Et par la suite l’arme a été déterrée et envoyée à Paris. Sylvanus Olympio fut le premier président africain tué après les indépendances, et plusieurs autres présidents africains ont subi le même sort.
Selon les normes en France, après 30 ans d’un crime, on a le droit d’avoir accès aux archives des dossiers à Paris. Il y a quelques années, certains Togolais résidant en Europe avaient souhaité avoir accès au dossier sur l’assassinat de Sylvanus Olympio ; mais ils ont eu un refus catégorique de la part des autorités françaises. Il est tant que le peuple togolais sache la vérité sur l’assassinat de son premier président.
La responsabilité de la France dans cette période douloureuse de l’histoire du Togo n’a jamais été sérieusement envisagée malgré de multiples déclarations qui engageaient la France dans cette affaire. Une vraie omerta ayant été instituée sur l’évocation de ces événements qui ont radicalement changé le cours de l’histoire du Togo. La Belgique a levé le secret défense et le secret d’Etat sur l’assassinat de Patrice Lumumba de la République Démocratique du Congo. Qu’attend alors la France pour le cas de Sylvanus Olympio du Togo, si vraiment la France n’en est pour rien de cet assassinat ?
Il urge que les associations et ONG internationales se saisissent de ce dossier pour qu’une pression internationale soit menée afin que les autorités françaises accomplissent un devoir de mémoire vis-à-vis du peuple togolais. Seule la vérité permettra au peuple togolais de se réapproprier son destin en sortant de la brume épaisse dans laquelle il a été plongé à partir des faits historiques sciemment tronqués qu’on lui a servis depuis des décennies. Et cette libération doit commencer par la vérité historique sur l’assassinat de Sylvanus Epiphanio Kwami Olympio, le Père de l’Indépendance, de la Nation et du Togo libre. La réconciliation entre les filles et fils du Togo passera aussi par là./.
Bonéro LAWSON
La Nouvelle N°0010 du 15 Juin au 15 Juillet 2016













