La création de masters professionnels à l’École normale supérieure d’Atakpamé, annoncée le 6 janvier 2026 par le ministre de l’Éducation nationale et son délégué à l’enseignement supérieur, suscite une vive controverse. Pour l’auteure, doctorante à l’INSE/UL, cette initiative relève davantage de la gesticulation politique que d’une réforme réfléchie du système éducatif togolais. Elle dénonce une confusion entre professionnalisation des formations et réponse aux besoins réels de l’enseignement secondaire, pointant du doigt l’incohérence des choix académiques et le manque de moyens de l’établissement concerné.
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De la question de la professionnalisation des formations universitaires
Depuis « Le Processus de Bologne » qui porte, entre autres, sur l’harmonisation des diplômes et la mobilité étudiante, les réformes se sont succédé dans les universités. Au nombre de ces réformes la professionnalisation des formations universitaires. En Afrique, surtout, elle est à la mode. Elle est une grande innovation. Elle cherche, semble-t-il à répondre à la question de l’employabilité des jeunes diplômés oubliant substantiellement que c’est la vitalité du tissu industriel et économique, promu par le climat des affaires, la stabilité politique et surtout des politiques publiques ambitieuse, qui absorbe les diplômés. Certes, les universités et les universitaires ont toujours joué un rôle essentiel dans les grandes orientations de nos sociétés car le projet de l’université, c’est de mettre le savoir et l’innovation au cœur de la société. L’économie moderne fondée sur la connaissance mobilise de plus en plus des savoirs divers et par nature complexes qui sont directement reliés aux savoirs développés par la recherche fondamentale.
Les gouvernements, face à la professionnalisation universitaire, semblent parfois manquer d’idées réellement novatrices. Les enjeux actuels touchent l’équilibre entre compétences techniques, savoirs fondamentaux, et adaptabilité face aux besoins changeants du marché, poussant à innover avec des approches comme l’apprentissage hybride, les certifications professionnelles, et une meilleure articulation avec les entreprises pour des parcours plus fluides et actualisés. Dans un contexte économique caractérisé par de profondes mutations, il est alors impérieux de renforcer les liens entre l’enseignement supérieur et le monde de l’entreprise tout en préservant les valeurs fondamentales de l’université et que ses finalités ne soient pas dictées par « des impératifs à cout-terme et ne pas tomber dans le court termisme de l’adaptation aux cycles économiques ».
La création des masters professionnels à l’école normale supérieure d’Atakpamé
Ministre, gouverneur, préfet, conseillers régionaux et municipaux, directrice de cabinet et bien d’autres personnalités politiques, administratives et universitaires étaient au rendez-vous de la grande innovation du Ministre en charge de l’éducation nationale, Sa majesté Mama OMOROU et de son délégué à l’enseignement supérieur, l’Honorable Professeur Gado TCHANGBEDJI. La pièce se jouait dans la grande salle de conférence de l’Ecole normale supérieure d’Atakpamé. C’était le 6 janvier 2026. Cette initiative s’inscrit pleinement dans la politique gouvernementale visant à rehausser la qualité de l’enseignement secondaire ». Il s’agit, par ailleurs, dit-on, du fruit de la vision de SEM Faure Gnassingbé, Président du Conseil, « qui place le développement du capital humain au cœur de la stratégie nationale ». Il est tout de même révélateur que dans la confusion ambiante et combattante, dans ce contexte de léthargie intellectuelle qui a gagné les esprits à l’entrée dans la Cinquième République, on se raccroche sans coup férir au mot d’ordre du Président du Conseil : « Protéger, Rassembler, Transformer » sans réflexion préalable et sans impacts.
Ainsi, « transformer » a trouvé un écho inouï chez les charlatans de la nouvelle éducation nationale qui sont venus tout changer car rien ne marchait dans le secteur éducatif sous les KOKOROKO, TCHIAKPE, IHOU et autres. . La création d’un master (qu’il soit professionnel ou fondamental, peu importe) à l’Ecole normale supérieure d’Atakpamé en est une, quoique les mêmes acteurs sont les premiers responsables des Masters dans les UPT. La démarche est d’autant plus surprenante qu’elle émane d’un Professeur titulaire d’université, un ancien Doyen de Faculté et un super spécialiste de l’éducation nationale privée dont la vocation réelle dont la vocation réelle est d’aller négocier des places dans écoles d’ingénieurs et les revendre chères aux pauvres parents d’élèves Togolais. Au final, préoccupés de faire « quelque chose » pour faire plaisir au Président du Conseil, les OMOROU et GADO sortent la grande artillerie artificielle : la création des masters professionnels de mathématique, de lettres, de philosophie à l’ENS qui n’a même pas de corps enseignants et les rares compétents payés au lance-pierres. Il y a du travail pour ces marchands de l’éducation en réglant déjà le statut des enseignants de l’ENS et d’en démultiplier pour créer couloir sérieux de recrutement des enseignants des collèges. lI faut noter, par ailleurs, que les sémantiques d’identification de ces masters sont aux antipodes des cañons universitaires qu’ils prétendent honteusement maîtriser…À titre d’exemples, les masters professionnels en mathématiques ont des finalités bien différentes de celles de l’enseignement. Ils forment des experts en statistiques, modélisation, data science ou ingénierie mathématique, avec des parcours spécialisés (Data Science, Actuariat, Biologie, etc.) orientés vers des applications professionnelles en entreprise (banque, assurance, IA, santé) ou la recherche, offrant des compétences recherchées en analyse de données massives et résolution de problèmes complexes, souvent en alternance ou avec stages ; alors qu’un master professionnel en philosophie peut préparer à des métiers spécifiques (culture, communication, fonction publique, éthique, édition) en développant l’esprit critique, l’analyse et la synthèse, souvent par des spécialisations comme l’histoire des sciences ou l’éthique appliquée. Pourquoi ne pas faire simple et efficace en mettant au travail rigoureusement l’INSE et l’ISPAU dans les UPT qui certes et à nos jours mentent et trompent devant les sciences de l’éducation ?
Somme toute, le désordre est suffisamment éloquent pour illustrer le degré de panique de certains acteurs politiques face aux enjeux et aux défis républicains. Faute d’idées et de méthodes, toutes les stratégies d’affichage et de faux travailleurs sont permises, à commencer par les plus abjectes. Alors et bientôt et idiotement, à l’Ecole normale supérieure d’Atakpamé, un doctorat professionnel pour former les enseignants-chercheurs en Mathématiques, en Philosophie, en Lettres, en droit, etc.
Akou MITSO
Doctorante à l’INSE/UL

















