Beaucoup de bruit, beaucoup d’indignation…
À Abidjan, la colère est noire… Y compris au sommet de l’État.
L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba fait grand bruit en Côte d’Ivoire. Brusquement les éléphants autour du lac Ebrié se révèlent d’une très grande sensibilité pour le sort des exilés politiques et critiquent, sans détour, le Togo.
Une question s’impose alors : la Côte d’Ivoire a-t-elle la mémoire courte ?
Ce qui serait pour le moins surprenant… chez des pachydermes.
Après la crise postélectorale de 2010-2011, plusieurs opposants proches de Laurent Gbagbo ont été arrêtés, expulsés ou extradés depuis des pays voisins — notamment le Ghana et le Togo voire le Libéria — vers Abidjan.
À l’époque, il n’était question que d’une opération « civilisée » pudiquement baptisée : coopération sécuritaire, stabilité nationale, retour à l’ordre.
Presqu’aucune voix pour parler de principes ou de protection des exilés. Normal ! Puisque c’est en direction de la Côte d’Ivoire, longtemps considérée, à tort ou à raison, comme « la chasse gardée de la France ».
Aujourd’hui, quand le Togo fait un choix souverain face à un exilé militaire accusé d’activités subversives par son pays d’origine, le ton change. Le mercure monte. On fait recours à la morale.
On condamne.
On donne des leçons.
Deux poids, deux mesures.
Quand Abidjan était demandeuse, c’était normal.
Quand Ouagadougou sollicite, ça devient problème et ça dérange.
Quand le Togo hier extradait vers Abidjan les opposants pro Gbagbo, cela suscitait admiration.
Quand Lomé agit aujourd’hui, il faudrait presque demander l’autorisation des voisins.
Rappel très important : le Togo est un État souverain.
Il n’a besoin ni de l’onction d’Abidjan, ni d’un quitus régional pour décider de ce qui relève de sa sécurité nationale et de ses relations diplomatiques.
La vérité dérange peut-être, mais elle est simple : les principes deviennent souvent bruyants quand on n’est plus du bon côté de la demande.
La mémoire sélective devrait elle s’imposer en morale régionale?
Le débat est ouvert…
Innocent Pato















