Par Rodrigue Ahégo
La Voix des Sans Voix
Le 30 décembre 2025, Faure Gnassingbé s’est livré à un exercice de prestidigitation verbale devenu presque rituel. Dans une adresse aux allures de leçon de morale, le chef de l’État a tenté de maquiller un crime de lèse-majesté contre la démocratie en une prétendue « évolution vers la modernité ». Mais de quelle modernité parlons-nous, quand le socle de cette fameuse « 5ème République » repose sur le déni systématique de la volonté populaire ? Ce discours n’était pas une adresse à la Nation, mais un outrage à la souffrance des Togolais. Pendant 18 minutes, une sémantique de l’illusion a tenté de masquer la réalité brutale d’un régime qui a fait de la ruse constitutionnelle son assurance-vie. Derrière les mots lissés par des officines de communication, le peuple suffoque sous la corruption et l’impunité. Face à ce message creux, une autopsie sans complaisance s’impose pour extraire le venin de l’imposture.
Le mirage du « Progrès Démocratique »
Le discours s’ouvre sur une autocélébration de la transition vers le régime parlementaire. Faure Gnassingbé ose parler de « succès ». La réalité est pourtant toute autre : ce changement de Constitution, opéré sans référendum, n’est qu’un tour de passe-passe pour remettre les compteurs à zéro et permettre au clan Gnassingbé de s’éterniser au pouvoir, loin de la limitation des mandats. Prétendre que ce choix est porté par les représentants du peuple est un mépris souverain envers une population dont la voix a été délibérément étouffée.
Le triptyque de l’illusion : « Protéger, Rassembler, Transformer »
Protéger ? Le texte évoque la sécurité. Pourtant, au Togo, l’État protège surtout le régime contre son propre peuple. Les forces de défense et de sécurité sont trop souvent instrumentalisées pour réprimer les manifestations pacifiques. Quant à la protection sociale, elle reste un mirage pour ceux qui croupissent dans une misère noire, loin des statistiques flatteuses mais factices.
Rassembler ? Parler de « main tendue » tout en maintenant une justice aux ordres est une insulte à notre intelligence. Les « grâces et clémences » ne sont que des miettes jetées à la communauté internationale. La corruption, véritable ciment du système, n’est jamais nommée car elle est ce qui permet au régime de tenir.
Transformer ? On nous vante les routes et le numérique. Mais de quelles routes et de quel numérique parle-t-on ? Quelle est cette transformation ne remplit pas l’assiette du citoyen ? L’injustice est criante : une minorité accapare les richesses (propos de Faure Gnassingbé lui-même) par des marchés opaques, tandis que notre jeunesse, à bout de souffle, n’a pour horizon que l’exil ou la précarité du secteur informel, écrasée par une pression fiscale sans concession.
Une diplomatie de survie
Faure Gnassingbé justifie ses voyages incessants par la recherche de financements. En vérité, cette diplomatie sert surtout à acheter une légitimité internationale et à faire oublier le caractère autocratique de sa gouvernance. Le poids vertigineux d’une dette qui ne profite jamais aux populations de l’arrière-pays est le résultat direct d’une gestion calamiteuse et de détournements massifs.
Le déni de la réalité
Alors que nous attendions des signaux forts sur le coût de la vie, la libération des prisonniers politiques et une ouverture démocratique sincère, nous n’avons reçu qu’une littérature d’autosatisfaction. Ce discours prend à contre-pied les aspirations profondes à l’alternance et confirme que le régime, enfermé dans sa tour d’ivoire, reste sourd aux cris de ceux qui vivent avec moins d’un dollar par jour.
Appel à la Nation : Restaurer notre dignité
Togolaise ma sœur, Togolais mon frère,
L’heure de la rupture a sonné. L’adresse de Faure Gnassingbé pour 2026 est l’aveu final d’un pouvoir aux abois qui ne sait plus que mentir pour durer. En martelant ses promesses de « transformation », il insulte la mémoire de nos victimes et méprise notre quotidien. Cette fameuse « 5ème République » n’est qu’un linceul jeté sur les aspirations nées de la Constitution de 1992, adoptée massivement pour dire « Plus jamais ça ».
Peuple togolais, ne te laisse plus abuser.
La souveraineté ne se reçoit pas en cadeau, elle s’arrache par la conscience et l’engagement.
L’imposture est totale : on nous parle de parlementarisme alors que le Parlement est monocolore.
La dictature se grime sous les traits d’une administration apaisée, mais elle conserve ses crocs.
Le temps n’est plus aux lamentations, aux querelles futiles ou aux spectacles désolants sur les réseaux sociaux qui ont gâché l’année 2025. L’heure est à la convergence d’action. Nous devons dire « STOP » aux divisions et proclamer une trêve patriotique jusqu’à la victoire finale.
Restons debout pour réclamer la restauration de l’ordre constitutionnel de 1992, seul garant d’une véritable alternance.
Mettre fin à la gabegie, aux détournements et à l’injustice demande un engagement citoyen sans faille.
Ne vous laissez pas bercer par les promesses de 2026.
L’avenir du Togo ne se décidera pas dans les palais dorés de Lomé II, mais dans la volonté farouche de chaque citoyen de reprendre son destin en main.
La lutte continue jusqu’à la victoire finale. Vive la République, la vraie !















