Par Rodrigue Ahégo,
La Voix des Sans Voix
Pourquoi parler de trêve patriotique aujourd’hui ? La réponse est simple, presque brutale : parce que l’heure n’est plus aux calculs, mais à la survie de notre idéal commun. Le Togo traverse une crise profonde qui touche nos institutions, nos cœurs et notre dignité. Face à un système RPT/UNIR qui s’accroche au pouvoir par une révision constitutionnelle imposée en avril 2024 (véritable déni de démocratie au regard de nos textes et des chartes africaines) nous, forces de changement, offrons trop souvent le spectacle de la division. Pendant que le régime use de la lassitude et de la répression, nous nous enfermons dans des querelles d’ego. Le résultat ? Un peuple fatigué, qui observe nos désaccords avec une colère sourde. Il est temps de changer de paradigme.
La trêve : un pacte d’honneur, pas une fusion
La trêve patriotique n’est pas une alliance de façade ou une disparition des identités politiques. C’est un engagement sacré, celui de suspendre nos différends pour ne viser qu’un seul horizon, celle de l’alternance en 2026, ou plus tôt si le destin nous appelle.
Cela exige de nous une discipline de fer, celle qui nous demande de cesser les attaques fratricides, de se retrouver sur l’essentiel (la justice, la souveraineté et la refondation de l’État) et de bâtir une intelligence collective.
Un front uni : personne n’est de trop
Cette mobilisation doit être le souffle de toute la nation. Personne ne peut s’offrir le luxe de la neutralité, car le silence, face à l’injustice, devient une complicité.
Partis politiques de l’opposition : transformez vos rivalités en une synergie stratégique.
Société civile : soyez le rempart moral et le moteur de la résistance.
Jeunesse et Créateurs (Artistes, influenceurs) : vous êtes la voix et l’énergie du changement. Réenchantez la lutte.
Diaspora : vous êtes notre pont avec le monde, notre force diplomatique.
Cinq piliers pour passer de la parole aux actes
Pour que cette trêve ne soit pas un vain mot, cinq actions s’imposent à nous tous, sans exception :
1- Coordonner : créer un organe technique non partisan pour piloter la lutte. Je n’ai pas envie de dire que le cadre en question existe déjà. Le CRAC a prouvé qu’on peut fédérer les énergies autour d’actions communes, malgré les différends et les divergences. Le CRAC est un premier pas et il peut être renforcé pour aller vite, le temps jouant contre nous.
2- S’engager : signer une « Charte de la Trêve » pour fixer nos principes de solidarité. Je n’ai pas non plus envie de dire qu’une Charte existe déjà et qu’il faille l’harmoniser pour gagner du temps. Chacun sait ce qu’il y a lieu de faire, sans orgueil, sans égos, sans calculs politiques et politiciens.
3- Synchroniser : agir d’une seule voix, sur le terrain et à l’international. Il convient ici de reconstruire un narratif fédérateur, consensuel et commun. Cela permettra de mieux encadrer tout ce qui se dit et tout ce qui se fait. Il permettra aussi d’adopter un timing stratégique pour contenir les assauts du système.
4- Apaiser : nettoyer l’espace public (médias et réseaux sociaux) de toute haine interne. il convient d’encadrer les live TikTok par exemple et savoir capitaliser les apports des différents contenus produits au nom de la lutte.
5- Anticiper : dessiner ensemble le Togo de l’après-dictature pour rassurer et convaincre.
Une victoire où tout le monde gagne
La trêve est une stratégie « gagnant-gagnant ». Les partis retrouvent leur crédit, les citoyens leur espoir, et même les hésitants du système y verront une porte de sortie honorable vers une nation réconciliée. Le seul perdant de cette union sera l’oppression.
Appel à la conscience nationale
Comme l’évoque Affectio dans le poème qui lui a valu l’emprisonnement, chaque Togolais doit aujourd’hui faire sa part. Que vous soyez du Nord, du Sud, du Centre, de l’Est, ou de l’Ouest, que vous soyez croyant ou non, commerçant ou fonctionnaire : le Togo est notre héritage commun.
La trêve patriotique n’est pas une pause dans le combat, c’est son accélération. C’est la preuve de notre maturité politique. L’alternance ne nous sera pas offerte, elle se construit dans chaque geste de fraternité et de solidarité que nous posons aujourd’hui.
En 2026, ou avant, le Togo doit respirer. Et ce souffle nouveau commence par notre unité.
Construisons le Togo nouveau. Maintenant. Ensemble.
















