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Togo : De la nécessité du cantonnement de « l’Armée Togolaise » sous le contrôle des Forces de la CEDEAO ou de l’ONU.

3 décembre 2017
dans CHRONIQUES
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photo archives / illustration


En 1992 Monsieur Abdou Diouf, alors Président de la République du Sénégal demandait qu’on neutralise cette minorité d’irréductibles au sein de l’armée togolaise qui faisaient la pluie et le beau temps au début du processus de démocratisation en perpétrant des coups de force pour saboter la transition. Tout juste après la Conférence Nationale, des officiers de cette minorité tribalisée, très proches du défunt dictateur Éyadéma, annoncèrent la couleur en tentant un enlèvement du Premier Ministre Joseph Kokou Koffigoh, logé à l´hôtel du 2 Février.
L’échec de cette tentative n’était que partie remise, puisque, assurée d’une totale impunité, cette petite armée dans l’armée redoublait d’ardeur dans l’acharnement sur le gouvernement de transition, dont l’apothéose fut atteinte fin novembre et début décembre 1991 avec l’attaque de la primature par des chars de l’armée togolaise. Cette guerre contre la transition démocratique décidée par Éyadéma se solda par la mort du demi-frère du défunt dictateur, de plusieurs soldats aussi bien du côté des assaillants que de ceux affectés à la garde du premier ministre. Après s’être rendu, Me Joseph K. Koffigoh sera conduit sans ménagement comme un trophée de guerre à Lomé II auprès du maître des lieux. Plusieurs officiers qui commandaient la garde du Premier Ministre furent exécutés de sang froid.
Les commanditaires ou exécutants de ces assassinats, s’ils ne sont pas morts, ont pour la plupart connu des promotions et sont toujours en liberté.
Je me rappelle de ce 03 décembre 1991 comme c’était hier. Je me souviens encore du journal de midi de la Radio Africa N°1 où l’envoyé spécial de cette chaîne panafricaine rappela que c’était le Togo qui inaugura la série des coups d’états en Afrique avec l’assassinat du premier président démocratiquement élu en 1963; et qu’aujourd’hui encore c’est le même Togo qui montre à l’Afrique qu’on peut mettre fin à une transition démocratique à coup de chars et d’obus.
En octobre 1992, ces mêmes éléments dits « incontrôlés » prirent en otage des parlementaires du Haut Conseil de la République dont Monseigneur Kpodzro qu’ils humilièrent pendant plusieurs jours. Le monde entier sut enfin, comme s’il en était encore besoin, de quelle nature était l’armée togolaise.
Aujourd’hui, plus de 25 ans après, l’ancien président du Sénégal Abdou Diouf que les partisans du défunt dictateur Éyadéma avaient traîté à l’époque de tous les noms, jouit d’une retraite méritée, mais au Togo rien, pratiquement rien n’a changé.
Comme une gangrène dans un corps sain, une petite minorité tribale a réussi à prendre en otage et à émasculer toute une armée en en faisant une coquille vide.
Le problème de l’armée togolaise n’est pas nouveau et tout observateur avisé et sérieux de la vie politique au Togo savait depuis des décennies qu’il serait difficile avec une telle armée aux allures de milices privées de faire une démocratie digne de ce nom. Et ce ne sont pas des discours d’apaisement de la part des leaders de l’opposition qui évitent de dénoncer le comportement anti-républicain de l’armée togolaise en la caressant dans le sens du poil qui changeraient quoi que ce soit au jusqu’au-boutisme de ceux qui ne jurent que par un homme.
Les derniers rêveurs ont dû voir leurs illusions s’envoler avec les expéditions punitives, la chasse à l’homme, les bastonnades et les humiliations de toutes sortes ordonnées par la hiérarchie militaire à Mango, surtout à Bafilo et à Tchaoudjo.
Un jeune officier, dont je préfère taire le nom, qui commandait des troupes à Sokodé il y a quelques semaines, fit des remontrances à ses soldats qui exerçaient des exactions sur les populations à son insu, avant de se voir intimer l’ordre d’en haut de laisser faire. Pour ceux qui doutaient encore de la réalité de la terreur militaire à Tchaoudjo et à Assoli et des commanditaires, l’histoire de cet officier montre qu’il s’agit bien d’un plan minutieusement préparé et dont les cerveaux ne sont autres que Faure Gnassingbé et Abalo Kadanga, respectueusement Président de la République, Chef suprême des Armées et Chef d´État-Major de l´Armée.
Dans une tribune publiée le 19 novembre 2017 dans « Le Point. fr. » en ligne, l´écrivain togolais Sami Tchak parlait du manque de légitimité du Président togolais en ces termes :
«…Mais, surtout, il se tient grâce à des éléments assez objectifs qui lui garantissent pour le moment la position favorable dans les rapports de force avec les oppositions, éléments assez objectifs dont l’unité de l’armée derrière lui comme garant de sa stabilité. Aucun opposant ne l’ignore : ce n’est ni de légalité ni de légitimité qu’il s’agit, mais purement de force. »
Faure Gnassingbé a une curieuse conception du pouvoir politique. Pour lui il s’agit de continuer à s’y accrocher en perpétuant les méthodes brutales héritées de son géniteur. Et si après presque 4 mois de manifestations d’une grande partie des Togolais sur toute l’étendue du territoire, celui qui se dit Président du Togo, n’a pas encore trouvé utile de s’adresser à son peuple, il ne peut pas y avoir pire méprise de ce peuple qu’il prétend pourtant gouverner. Faure Gnassingbé n’a pas de légitimité, et il le sait. Il ne compte que sur une partie de l’armée qu’il a détournée pour ses besoins personnels.
Un Chef d´État qui accepte de profiter de la Force de Défense en terrorisant les populations pour se maintenir au pouvoir, a perdu toute crédibilité et est désormais disqualifié pour continuer à diriger un peuple à la trousse duquel il envoie ses tueurs.
Des officiers de l’armée nationale qui acceptent de désarmer la plus grande partie de la « grande muette » pour se surarmer et créer une sorte de milice tribale au sein de l’armée ont trahi le serment prêté de servir la République. Le sang de leurs concitoyens qu’ils ont sur les mains les disqualifie pour occuper de façon indue les postes qui sont les leurs au sein de la hiérarchie militaire.
Des décisions ont été prises pour mettre fin au siège militaire à Sokodé, Bafilo et Mango. Mais arrestations arbitraires, enlèvements de citoyens et bastonnades sauvages pour un oui ou pour un non continuent au Chef lieu de Tchaoudjo et dans d´autres localités.
Vendredi, 01 décembre 2017 un notable du Chef de Komah, revenant à moto de chez un mécanicien, fut arrêté par des soldats et emmené au camp militaire d’à côté. Son seul tort, en roulant, les bougies de la moto mal réparée ont pété, causant un bruit relativement fort. Les militaires l’accusent d’avoir tiré sur leur capitaine qui était pourtant dans son bureau au camp, alors que le malheureux n’avait aucune arme sur lui. Malgré ses explications face au capitaine et malgré les témoignages à décharge du mécanicien qui venait de réparer la moto, le notable de Komah fut couché à plat-ventre et sauvagement battu. Le témoignage sonore en langue tem de la victime circule actuellement sur les réseaux sociaux.
Comme on le voit, le comportement du pouvoir politique et de la hiérarchie militaire a réussi à monter certains éléments de l’armée contre les populations civiles qui ne se sentent plus en sécurité dans leur propre pays.
Nous savons qu’au sein de l´armée de notre pays, il y a des soldats et des officiers valeureux qui sont de grands patriotes, prêts à défendre la patrie et à mourir pour elle. Mais seulement la frange tribale qui a réussi à prendre en otage le grand nombre composé de militaires républicains, est le grand problème. Comment des soldats ou officiers patriotes peuvent-ils relever la tête et défendre leurs concitoyens pour lesquels ils sont supposés être là, quand ils n´ont pas d’armes et sont surveillés comme du lait sur le feu?
La composition même de l’armée surtout dans sa hiérarchie dit tout sur les intentions réelles de ceux qui nous gouvernent. L’éthnie Kabyè est celle qui domine dans la grande muette togolaise, et sa hiérarchie n’est composée que des officiers proches de la famille Gnassingbé; et tout le monde le sait. Mais ça ne veut pas dire que les Kabyès sont exempts de persécution ou d’exactions politiques. Les cas Boko et Olivier Amah et d’autres officiers de Pya, qui avaient eu maille à partir avec Éyadéma dans le passé, sont là pour nous le rappeler.
Peut-être que si Éyadéma avait été Éwé, Tem, Ouatchi, Moba ou Bassar, l´armée togolaise aurait les mêmes problèmes qu’aujourd´hui : composée d’une majorité d´Éwé, de Tem, de Ouatchi, de Moba ou de Bassar ! Donc à travers cet article je voudrais qu’on puisse faire la part des choses en cessant, pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, de jeter des pierres à nos frères Kabyès qui furent également victimes des exactions des militaires à Sokodé et Bafilo.
Le caractère tribal, voire familial de notre armée constitue aujourd’hui un grand frein à l’éclosion totale de la démocratie dans notre pays.
La hiérarchie actuelle de l’armée togolaise considère le peuple togolais qui manifeste pour un changement de régime comme un ennemi à abattre, car ses privilèges sont liés au pouvoir politique.
Bien que la liberté de manifester est garantie par notre constitution, des togolais ont toutes les peines du monde à exercer ce droit constitutionnel dans beaucoup de contrées de notre pays.
Pour la deuxième fois, des militaires se sont interposés pour empêcher les manifestations à Niamtougou. La dispersion suivie de bastonnades de manifestants à Tchamba il y a quelques jours est encore dans les esprits. À Lomé, il y a trois jours, qui n´a pas vu cette vidéo montrant des militaires entrain d’obliger des manifestants à se déshabiller parce qu’ils portaient du rouge?
À Sokodé, Bafilo et dans les environs le traumatisme laissé par la terreur militaire est encore présent, et du côté de la coalition de l’opposition on se prépare pour faire entrer ces deux localités dans la danse très prochainement sans oublier Mango.
D’un côté, le pouvoir donne timidement des signes d’apaisement, de l’autre côté la hiérarchie militaire semble ne pas être pressée en parlant un autre langage, celui de la force brutale pour intimider et terroriser les manifestants. Où est alors la bonne foi?
Que faire?
Il faudrait que les leaders de la coalition de l’opposition fassent un effort pour créer un cadre de discussion avec les responsables de la hiérarchie militaire de notre armée. Il s’agirait de leur rappeler le rôle qui devrait être le leur et les assurer que l’alternance politique ne serait pas dirigée contre eux. Ce cadre de discussion pourrait par exemple être animé par des experts militaires nationaux, sous régionaux ou internationaux. Des officiers des armées des pays de la CEDEAO pourraient rencontrer et échanger avec des officiers au sein de la hiérarchie militaire du Togo.
La coaltion de l’opposition aura auparavant exposé et expliqué aux dirigeants de la CEDEAO et à d’autres pays amis le gros obstacle à la démocratisation que constitue l’armée togolaise.
Si après un tel cadre de discussion où les officiers à problèmes de notre armée auront toutes les chances pour s’expliquer et de demander toutes les garanties possibles, la bonne volonté de laisser libre cours à la démocratie, n’est toujours pas au rendez-vous, alors on pourrait réfléchir à la stratégie suivante.
Cette stratégie consisterait à demander aux pays de la CEDEAO et à d’autres pays amis de nous aider à obtenir un cantonnement de l’armée togolaise dans les casernes. Et de demander à la CEDEAO, à l’UA et pourquoi pas à l’ONU d’envoyer des observateurs militaires pour contrôler et constater l’effectivité du cantonnement.
Certains diront que le Togo n’est pas en guerre. Oui je sais. Nous ne sommes pas en guerre, certes, mais la paix que nous connaissons est celle des cimetières, et le Togo a une armée tribalisée qui ne jure que par le pouvoir de Faure Gnassingbé, et qui se comporte comme en territoire conquis.
C’est pourquoi, si la voie des négociations pour la ramener à la raison échoue, il faudrait trouver d’autres moyens pour la mettre une fois pour toutes hors d’état de nuire.
Samari Tchadjobo
Allemagne

 

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Mots clés: AfriqueAllemagneArmée togolaiseCEDEAOFATFaure GnassingbéGhanaMangoManifestationsMilicePolitiqueSécuritéSokodéTogo
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