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Togo/La révolte inédite de la jeunesse contre le pouvoir

Togo : De l’impératif d’une rupture radicale

30 janvier 2026
dans OPINION
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Réflexions sur l’Incongruité des Assises Nationales avec un Régime Autoritaire – Cas du Togo

Plus vault homme de cœur en sa misère que couard en sa gloire, car dignité & bravoure sont joyaux de l’âme que nulle fortune ne sçauroit ravir.

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Muer l’histoire d’un peuple, c’est mettre en oubly l’essence de noble ester. L’histoire politique du Togo contemporain s’inscrit dans une trajectoire douloureuse, jalonnée de tentatives avortées de démocratisation et d’émancipation populaire. Depuis l’accession au pouvoir de la famille Gnassingbé, le peuple togolais n’a cessé d’aspirer à une véritable souveraineté, à l’exercice plein et entier de ses droits fondamentaux, ainsi qu’à l’établissement d’un État de droit digne de ce nom. Or, à chaque fois que l’espoir d’une transition pacifique s’est fait jour, à chaque fois que des assises nationales ont été convoquées dans le but présumé de refonder le pacte social, ces initiatives se sont soldées par des échecs retentissants, des désillusions cuisantes qui ont érodé davantage la confiance du peuple en ses institutions.

C’est précisément au regard de ce passif accablant, de cette succession d’espérances déçues et de promesses trahies, qu’il convient de reconsidérer fondamentalement la nature même du dialogue que l’on prétend instaurer avec le pouvoir en place. Si d’aventure des assises nationales devaient être organisées de nouveau, il serait impératif que les discussions ne portent plus sur de vaines réformes cosmétiques ou sur des aménagements institutionnels illusoires, mais bien sur les modalités concrètes et irréversibles du départ pur et simple de Faure Gnassingbé. Cette position, loin d’être le fruit d’un radicalisme irréfléchi, procède d’une lucidité historique et d’un impératif moral : l’on ne négocie point avec un dictateur.

I. Le Bilan Accablant des Assises Antérieures : Une Litanie d’Échecs

Tout examen sérieux et impartial de l’histoire politique togolaise récente révèle une constante indiscutable : les assises nationales, ces grands-messes censées incarner le dialogue républicain et la refondation démocratique, n’ont jamais abouti aux changements structurels escomptés. Bien au contraire, elles ont systématiquement servi de stratagèmes dilatoires, d’artifices rhétoriques destinés à apaiser temporairement les tensions sociales tout en préservant intacte l’architecture autoritaire du pouvoir. Chaque rendez-vous manqué avec l’histoire a permis au régime de gagner du temps, de diviser l’opposition, d’affaiblir la mobilisation populaire et, in fine, de reconduire son emprise sur l’appareil d’État.

Ces échecs répétés ne sauraient être attribués au hasard ou à de simples maladresses tactiques. Ils révèlent, au contraire, une logique systémique inhérente à tout régime autocratique : celui-ci ne consent au dialogue que lorsqu’il y est contraint par la pression populaire ou internationale, et uniquement dans la mesure où ce dialogue lui permet de préserver l’essentiel de ses prérogatives. Les concessions apparentes ne sont jamais que des leurres, des trompe-l’œil destinés à masquer la permanence d’une domination qui ne dit pas son nom. Ainsi, les réformes constitutionnelles, les promesses d’élections libres et transparentes, les engagements solennels en faveur de l’État de droit demeurent lettre morte dès lors que le pouvoir retrouve ses marges de manœuvre.

Le peuple togolais a payé un prix exorbitant pour ces illusions réitérées. Chaque assise nationale avortée a non seulement prolongé son calvaire, mais a également exacerbé son sentiment d’impuissance et de frustration. Les citoyens ont vu leurs leaders cooptés, leurs revendications édulcorées, leurs aspirations démocratiques instrumentalisées au profit d’un statu quo intolérable. Ce constat amer impose une conclusion sans équivoque : il ne saurait y avoir de dialogue fructueux, de compromis honorable, de réconciliation authentique tant que demeure au pouvoir celui qui incarne et perpétue l’oppression.

II. L’Impossibilité Morale et Politique de Négocier avec un Dictateur

La maxime selon laquelle « l’on ne négocie pas avec un dictateur » n’est point une formule creuse, un slogan émotionnel dénué de fondement rationnel. Elle procède, au contraire, d’une exigence éthique fondamentale et d’une compréhension lucide des ressorts du pouvoir autoritaire. Négocier avec un régime dictatorial, c’est implicitement reconnaître sa légitimité, c’est lui conférer une respectabilité qu’il ne mérite nullement, c’est valider l’idée qu’il existe un terrain d’entente possible entre le despotisme et la démocratie, entre l’arbitraire et le droit. Or, une telle position constitue non seulement une erreur tactique, mais aussi une faute morale impardonnable à l’égard des victimes de la répression.

Un dictateur, par définition, ne respecte aucune règle hormis celle de sa propre conservation au pouvoir. Il ne connaît ni la bonne foi, ni le respect de la parole donnée, ni l’attachement aux principes démocratiques. Ses concessions ne sont jamais que tactiques, révocables dès que les circonstances le permettent. Engager une négociation avec un tel interlocuteur, c’est s’exposer inéluctablement à la duplicité, au double langage, aux promesses non tenues. C’est, en définitive, se condamner à reproduire le cycle infernal des espoirs déçus et des trahisons renouvelées. L’histoire universelle des transitions démocratiques enseigne que les dictatures ne s’effacent jamais volontairement ; elles ne cèdent que sous la contrainte d’un rapport de force défavorable ou face à une mobilisation populaire irrésistible.

Dès lors, toute assise nationale qui ne poserait pas comme préalable absolu et non négociable le départ de Faure Gnassingbé serait vouée à l’échec. Elle ne constituerait qu’une mascarade supplémentaire, une parodie de dialogue destinée à endormir la vigilance du peuple et à prolonger indéfiniment un régime illégitime. Les forces démocratiques togolaises, fortes de l’expérience douloureuse du passé, ne sauraient se prêter de nouveau à une telle comédie. Leur devoir imprescriptible est d’exiger, avec toute la fermeté et la détermination requises, un changement radical, une rupture définitive avec un système politique fondé sur l’oppression, la corruption et le mépris des droits humains.

III. Pour une Stratégie de Rupture : Les Modalités d’un Départ Négocié

Poser comme unique objet de discussion légitime les conditions du départ de Faure Gnassingbé ne signifie nullement renoncer à toute forme de dialogue ou verser dans un maximalisme stérile. Il s’agit, au contraire, d’adopter une posture politique cohérente avec l’exigence démocratique et de définir un cadre de négociation réaliste, susceptible d’aboutir à une transition pacifique et ordonnée. Les discussions devraient porter sur des questions concrètes et essentielles : le calendrier précis du transfert du pouvoir, les garanties juridiques et sécuritaires accordées au président sortant et à son entourage, les modalités de mise en place d’un gouvernement de transition représentatif de toutes les forces vives de la nation, l’organisation d’élections libres, équitables et transparentes sous supervision internationale.

Il appartient également à ces assises d’établir les fondements d’une justice transitionnelle qui, sans céder à la tentation de la vengeance, permettra néanmoins de faire toute la lumière sur les crimes commis, de réparer dans la mesure du possible les préjudices subis par les victimes, et de poser les jalons d’une réconciliation nationale authentique. Cette démarche exige courage et lucidité, car elle implique de regarder en face les pages les plus sombres de l’histoire récente du pays, de nommer les responsabilités, de juger équitablement les coupables tout en préservant la cohésion sociale et en évitant que la quête de justice ne se transforme en cycle de représailles.

L’Exigence de Cohérence : Honorer le Sacrifice des Martyrs de la Libération

La lutte pour la libération du peuple togolais a été payée au prix d’innombrables vies ont été sacrifiées, d’incalculables souffrances ont été endurées, des familles entières ont été brisées par la répression implacable du régime. Ces martyrs, dont les noms résonnent dans la mémoire collective comme autant d’appels à la vigilance et à la persévérance, ne sont pas tombés pour que leurs descendants acceptent de négocier avec leurs bourreaux sur les termes d’une servitude aménagée. Ils ont donné leur vie pour que triomphe la liberté, pour que s’établisse au Togo un ordre véritablement démocratique où chaque citoyen jouirait de la plénitude de ses droits et où le pouvoir procéderait du libre consentement du peuple souverain.

Accepter aujourd’hui de s’asseoir à des assises nationales qui traiteraient Faure Gnassingbé comme un interlocuteur légitime, qui chercheraient à négocier avec lui les termes d’une transition sous contrôle ou qui accepteraient des compromis sur l’essentiel, constituerait une insulte insupportable à la mémoire de ces héros. Cela reviendrait à considérer que leurs sacrifices étaient vains, que leur combat était excessif, et qu’il aurait finalement été préférable de composer avec l’oppression plutôt que de lui résister jusqu’au bout. Une telle attitude serait non seulement moralement indéfendable, mais également politiquement suicidaire, car elle démontrerait à la dictature que la résistance populaire peut toujours être usée par le temps et que les exigences les plus légitimes peuvent être progressivement érodées jusqu’à l’acceptation de l’inacceptable.

L’Exigence de Cohérence : La Rupture & Rien d’Autre que la Rupture

Une telle stratégie de rupture suppose une unité sans faille de l’opposition démocratique et une mobilisation soutenue de la société civile. Elle requiert également un soutien résolu de la communauté internationale, appelée à exercer une pression diplomatique et économique suffisante pour contraindre le régime à accepter l’inéluctabilité de son départ. Le peuple togolais, qui a tant souffert et tant sacrifié pour sa liberté, mérite mieux que des compromis bancals et des réformes de façade. Il mérite une refondation intégrale de son système politique, l’avènement d’institutions véritablement démocratiques et le respect inconditionnel de la dignité humaine. Mieux vaut porter haillons avec dignité que pourpre avec bassesse, car l’honneur de l’être gît en son maintien, non en sa parure !

En Fin : L’Impératif Catégorique d’une Libération Authentique

Il apparaît avec une clarté aveuglante que le Togo se trouve à la croisée des chemins. Le pays peut soit persévérer dans l’ornière des compromissions stériles et des assises factices, condamnant ainsi plusieurs générations supplémentaires à subir le joug d’un pouvoir autoritaire, soit emprunter résolument la voie de la rupture, celle qui mène à une émancipation véritable et durable. Cette seconde option, bien qu’elle comporte indéniablement des risques et des difficultés, constitue l’unique issue honorable et porteuse d’avenir.

Les leçons du passé sont sans appel : toutes les tentatives de réforme menées dans le cadre du système actuel se sont heurtées à l’obstination d’un régime déterminé à se perpétuer coûte que coûte. Il serait vain, et même coupable, de croire qu’une énième assise nationale pourrait produire des résultats différents si elle ne place pas d’emblée au cœur de son agenda la question du départ de Faure Gnassingbé. Cette exigence ne procède d’aucun sectarisme aveugle, mais d’une analyse rigoureuse des mécanismes du pouvoir dictatorial et d’une fidélité indéfectible aux valeurs démocratiques universelles.

Le peuple togolais a fait preuve, tout au long de son histoire récente, d’une résilience exemplaire et d’un attachement indéfectible à la liberté. Il a payé de son sang, de ses larmes et de ses souffrances son aspiration légitime à vivre dans un État de droit. Il ne saurait être trahi une fois de plus par des négociations de dupes ou des arrangements en coulisses qui ne feraient que reconduire, sous des atours à peine différents, l’ordre ancien. L’heure est venue de rompre définitivement avec un passé qui ne passe pas, d’exiger sans faiblir ni transiger le départ de celui qui symbolise et incarne l’oppression.

Ainsi, si d’aventure des assises nationales devaient être convoquées, qu’elles soient l’occasion non pas d’un dialogue de sourds ni d’une négociation truquée, mais d’une discussion franche et sans détour sur les modalités concrètes, irréversibles et vérifiables du départ de Faure Gnassingbé. Qu’elles marquent le point de départ d’une transition démocratique authentique, d’une refondation institutionnelle profonde et d’une réconciliation nationale sincère. Telle est la seule voie qui puisse conduire le Togo vers un avenir de paix, de justice et de prospérité partagée. Car, en définitive, l’on ne bâtit pas la démocratie sur les décombres encore fumants de la dictature ; on ne construit pas l’État de droit en pactisant avec ceux qui l’ont systématiquement foulé aux pieds. La libération du peuple togolais exige une rupture nette, franche et irrémédiable avec l’ancien régime. C’est là un impératif catégorique, moral et politique, auquel nul ne saurait se soustraire sans renoncer à l’honneur et à la dignité ; car, Celuy qui conserve sa dignité au milieu des adversitez monstre plus de courage & de vertu que celuy qui remporte victoire sans peril, d’autant que la vraye noblesse ne consiste point en la victoire mesme, ains en la maniere dont on faict face à la fortune & aux coups du sort.

Par Ben Djagba

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