La députée paie-t-elle le prix de son vote contre la prorogation de l’état d’urgence dans les Savanes ? Empêchée de se rendre sur le terrain lors d’une tournée parlementaire dans la région des Savanes, Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson dénonce une entrave grave à sa mission. Et justement, son déplacement ne s’inscrit que dans les prérogatives classiques d’un député : aller à la rencontre des populations, constater l’état des infrastructures publiques et exercer un contrôle sur l’action gouvernementale. Cet incident relance le débat sur les dérives possibles de l’état d’urgence sécuritaire, prorogé le 13 mars 2026. (Photo archives).
À Dapaong, le contrôle de l’action publique se heurte à l’État d’urgence sécuritaire. La tournée parlementaire annoncée dans les régions des Savanes et de la Kara n’aura finalement pas dépassé l’étape de Dapaong. À peine arrivée, la députée Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson s’est retrouvée confinée dans la résidence des sœurs du centre de santé de l’association Hôpital d’enfants Yendoubé, à Tantigou.
Deux chambres salon meublés et climatisés avec cuisine
Découvre cette offre exceptionnelle de deux chambres, un salon meublé et climatisé avec cuisine, WC douche interne inclus situé à Adigogomé Yokoè Carrefour Kopégan non loin de la frontière TOGO-GHANA
Selon ses déclarations, les forces de sécurité – police et gendarmerie – ont investi les lieux dès le matin pour lui signifier une interdiction formelle de se rendre sur le terrain. Une décision qui a empêché toute visite prévue, notamment celle du site de la station de traitement d’eau potable du barrage de Dalwak.
Peu avant midi, la députée a été contrainte de reprendre la route de Lomé, sous escorte.
« J’ai tenté et j’ai compris. Si le bois vert est traité de la sorte, qu’en sera-t-il du bois sec… Le sort qui m’a été réservé me permet d’imaginer ce que vivent les populations des Savanes depuis trois ans », a-t-elle déclaré, réaffirmant son opposition à la prorogation de l’état d’urgence.
Une mission parlementaire entravée
La région des Savanes, sous état d’urgence sécuritaire depuis trois ans en raison de la menace liée aux groupes armés, constitue un terrain particulièrement sensible. Mais cette sensibilité justifie-t-elle une restriction totale des déplacements d’une élue de la nation ?
La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la députée avait récemment voté contre la prorogation de cette mesure exceptionnelle à l’Assemblée nationale, estimant qu’elle ne devait pas devenir une norme.
Que cache cette interdiction ?
L’attitude des autorités soulève plusieurs interrogations de fond. D’abord, celle de la transparence.
Alors que la communication officielle présente régulièrement la région des Savanes sous un jour rassurant, mettant en avant des avancées et des chiffres jugés encourageants, pourquoi empêcher une élue d’aller constater elle-même ces “progrès” ?
Ensuite, celle de la gouvernance démocratique. Dans un régime où le pouvoir législatif est censé contrôler l’exécutif, interdire à un député l’accès à une partie du territoire national revient à affaiblir ce principe fondamental. Cela crée un précédent, celui d’un contrôle parlementaire soumis à l’autorisation de l’exécutif.
Enfin, cette interdiction alimente le soupçon. Soupçon d’une réalité plus complexe, voire plus difficile, que celle décrite dans les discours officiels. Soupçon aussi d’une volonté de limiter les témoignages directs sur les conditions de vie des populations vivant sous régime d’exception.
L’étape de la Kara sous surveillance
La tournée devait se poursuivre dans la région de la Kara, fief politique du président du conseil des ministres Faure Gnassingbé.
Reste à savoir si la députée pourra y mener librement ses activités ou si les mêmes restrictions s’appliqueront.
Au-delà du cas individuel de Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, il y a lieu de se demander jusqu’où peut aller l’état d’urgence sans remettre en cause les principes démocratiques fondamentaux.
François Bangane
Source: Lalternative.info















