Par Rodrigue Ahégo,
La Voix des Sans Voix
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Par la force de ses mots et au mépris des risques pour sa propre liberté, Grâce Bikoni Koumayi brise l’omerta sur le système carcéral togolais. Entre les murs du SCRIC et les prisons oubliées de l’intérieur, elle décrit un univers de déshumanisation où la « tradition de torture » semble s’être installée au cœur de la République Togolaise.
Sa voix ne tremble pas, mais ses mots font frissonner. Pour ceux qui l’écoutent, Grâce Koumayi n’est pas seulement une rescapée ; elle est devenue l’une des mémoires vivantes de ceux que le système tente d’effacer. Son récit nous plonge dans les méandres du SCRIC (Service Central de Recherches et d’Investigations Criminelles), un lieu qu’elle qualifie sans détour d’« abattoir des Togolais ».
Le SCRIC : Une plongée dans le néant
Dans l’imaginaire collectif, une prison est un lieu de privation de liberté. Dans le récit de Grâce, le SCRIC est un lieu de privation d’humanité. Elle y décrit l’existence des « chambres noires », des cellules où le temps s’arrête et où les sens s’éteignent.
« Qu’il fasse jour, qu’il fasse nuit, qu’il pleuve ou non, on ne sent rien », confie-t-elle.
C’est dans ce vide absolu que croupissent des anonymes. Elle cite le cas d’une jeune esthéticienne enfermée là, dans l’obscurité totale, depuis bientôt deux ans. Deux années sans voir le soleil, sans un souffle d’air libre. Un traitement que Grâce dénonce comme une volonté délibérée de briser psychologiquement ceux qui osent contester.
Kara : L’exil au bout de la souffrance
Si Lomé est un enfer, l’intérieur du pays est une zone d’ombre encore plus dense. Les témoignages de Grâce nous emmènent vers le Nord, à la prison civile de Kara. « Elle fait peur, même plus que la prison de Lomé », martèle-t-elle. Construite « dans la brousse », loin des regards et des réseaux de solidarité, cette prison devient un mouroir géographique.
Elle évoque le sort de Tayo Le Comédien, Akpaou Gros de son nom à l’État civil et dont le père, modeste enseignant, ne peut assumer le coût du voyage pour lui porter secours. C’est là le double châtiment : l’incarcération et l’isolement total. A Lomé, on « vomit du sang » dans l’indifférence ; à Kara, on disparaît simplement de la carte du monde.
« Je le dis et j’assume » : Un courage à visage découvert
Ce qui frappe chez Grâce Koumayi, c’est l’absence de masque. Elle ne parle pas sous couvert d’anonymat. Elle sait que chaque syllabe prononcée renforce la cible dans son dos. « Je sais qu’à tout moment, on peut me prendre », lâche-t-elle avec une sérénité glaçante.
Son message s’adresse d’abord aux siens, à cette jeunesse togolaise qu’elle appelle à la « conscientisation ». Elle refuse de s’enfermer dans la rancœur contre les partis politiques qui ne l’auraient pas visitées. Pour elle, le combat dépasse les étiquettes. L’urgence est humanitaire : il s’agit de pères de famille qui meurent à petit feu, de femmes enterrées vivantes dans le béton.
L’appel au monde
En conclusion de son témoignage, le ton se fait plus solennel. C’est un réquisitoire contre l’indifférence. Elle place la communauté internationale face à ses propres principes. Comment parler de « droits de l’homme » et de « démocratie » quand, à quelques kilomètres des hôtels de luxe de Lomé, des êtres humains sont transformés en ombres dans des chambres noires ?
Grâce Koumayi a parlé. Son témoignage est désormais une archive de la douleur, mais aussi un manuel de résistance. Pour l’esthéticienne, pour Tayo, pour Priscille et pour tous les autres, elle refuse que le silence soit la dernière note de leur histoire.














