Tout 13 janvier comme hier mardi est une date commémorative au Togo. Mais dans ce pays il n’y a pas un seul 13 janvier. Il y en a deux, tous deux commémorés.
Le premier, celui de 1963, commémore l’assassinat d’un Président librement choisi par son peuple, Sylvanus Olympio. Mais au vu de ce qui se passe aujourd’hui dans la zone franc en Afrique, au-delà d’Olympio c’est la Souveraineté togolaise qui a été étouffée. Sylvanus avait créé le franc togolais et s’apprêtait à sortir de la zone franc. Le Togo qui n’a jamais été une colonie française devient désormais un terrain d’expérimentation de la nouvelle forme de colonisation à réserver à ses colonies africaines en voie d’indépendance.
Le second 13 janvier est celui de 1967. Lors du coup d’Etat de janvier 1963, les acteurs togolais qui ont pris part au complot se sont regroupés en un Comité du salut public. C’était des individus clandestinement enrôlés comme tirailleurs sénégalais sous le couvert de la citoyenneté dahoméenne parce qu’en tant que pays sous-tutelle, le Togo était une colonie de l’ONU et non de la France. Rentrés chez eux après leur carrière en Indochine et en Algérie, les tirailleurs « togolais » retrouvent leur nationalité mais perdent leurs droits d’anciens combattants car le statut d’anciens combattants togolais est inconnu au bataillon. Ils étaient donc réduits à venir demander pitance à l’ambassade de France au Togo. Dans cet état ils étaient prêts à accomplir les tâches pour lesquelles l’Ambassade de France ne voulait pas se salir les mains. « Plutôt de que venir tous les jours mendier quelques pièces ici, organisez-vous, faites un coup d’état et vous disposerez de l’argent du pays ». C’est, en substance, les propos que l’on murmurait à leurs oreilles chaque fois qu’ils venaient faire la manche à l’Ambassade.
Le Comité du salut public n’a pas tardé à passer à l’action guidé, pas à pas, par un gendarme, conseiller de l’Ambassade de France. Cette nuit-là, la troupe togolaise n’a pas pu mettre la main sur le Président. Mais grâce à une information de l’Ambassade américaine, l’Ambassade de France a su où le Président s’était caché. Le gendarme français qui dirigeait la troupe y est allé pour achever la tâche lui-même. Pour se disculper l’Ambassade choisit dans le groupe Etienne Eyadéma pour lui demander d’endosser le coup mortel contre une grosse récompense, le poste de Président de la République. Eyadéma hésita, mais quand on lui a assuré que Général de Gaulle lui-même le soutiendrait il fut rassuré et accepta. Mais comme le client n’était pas de taille à assumer sur le champ les fonctions promises il fut convenu que l’Ambassade prendrait un temps pour le former pendant qu’un gouvernement provisoire gérait les affaires courantes. C’est ainsi que Nicolas Grunitzky, Premier Ministre pro-dépendance de 1956 à 1958, fut rappelé pour former un gouvernement dit d’union nationale et dont la tâche était d’amuser la galerie avec une soi-disant réconciliation nationale en attendant la maturation du prédestiné. Pendant les trois ans qu’a duré cette formation, l’étudiant à domicile de l’Ambassade montait en grade dans l’armée d’une manière qui défie toute loi militaire. C’est en pleine réunion de la Commission de Réconciliation qu’une victime du coup d’état de 1963, l’ancien ministre Théophile Mali, prit la parole pour proposer un grade d’officier supérieur à son ancien bourreau.
Fin 1966, Eyadéma, désormais Général et Chef d’état-major de l’armée, est jugé apte à diriger le pays. Convaincu qu’il ne peut pas accéder au pouvoir par des voies démocratiques il opta pour un coup d’état, mais cette fois un coup d’état ‘populaire et démocratique’. Par le biais de ses pions au sein du gouvernement il suscita une forte contestation contre le président en exercice. Cette contestation devait se poursuivre par des manifestations dans la rue exigeant le départ de Grunitzky et la prise du pouvoir par l’armée. Eyadéma et l’Ambassade de France avaient choisi, pour ce coup, la date du 13 janvier, afin qu’un nouveau 13 janvier, populaire celui-là, vienne faire oublier le 13 janvier sanglant de 1963. Comme prévu donc, un nouveau coup d’état militaire intervint le 13 janvier 1967, ‘à l’appel de la population’ cette fois.
Quand l’héritier de Eyadéma et son parti UNIR commémorent le 13 janvier, ils pensent au coup de force de 1967 qui parachève la récompense de la France à leur géniteur tandis que le peule pense au 13 janvier 1963 où il a perdu son indépendance.
Zakari Tchagbele













