Le 31 décembre 2025, Faure Gnassingbé a appliqué des mesures de grâce et de clémence à l’endroit de 1511 détenus parmi lesquels 75 prisonniers d’opinion qui ont pu passer les fêtes de Nouvel An dans la chaleur familiale. Cette décision s’inscrit, selon le Président du conseil, dans un esprit d’apaisement aux fins de « permettre à notre pays de regarder de l’avant ».
Les Togolais, dans leur grande majorité, nourrissaient l’espoir de voir enfin le demi-frère de Faure Gnassingbé, Kpatcha Gnassingbé, qui croupit depuis 16 ans dans les geôles de la dictature, dans une clair-obscur affaire de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat, en tête de liste des prisonniers libérés. Surtout que dans l’opinion, on estimait que l’apaisement prôné devrait prendre source dans la cellule familiale présidentielle avant de jaillir sur l’ensemble des Togolais. Mais grand fut le désenchantement de tous !
Rien ne présageait qu’après plus de 15 années passées derrière les barreaux, l’ancien ministre de la Défense dont l’état de santé chancelant est connu de tous, nécessitant entre-temps une évacuation express au Gabon où il a été opéré, soit toujours maintenus dans les liens de la détention.
L’espoir était permis, d’autant plus que, par le passé, à maintes reprises, Kpatcha Gnassingbé avait introduit, par le truchement de ses avocats, plusieurs demandes de grâce présidentielle auprès de son frère. Parallèlement, diverses personnalités politiques, religieuses, des chefs d’Etat de la sous-région et sur le continent ainsi que des organisations internationales des droits de l’homme avaient intercédé en faveur de Kpatcha Gnassingbé afin qu’il soit libéré.
« Certaines bonnes volontés ont plaidé sa cause auprès des autorités religieuses notamment catholiques et son cas fut évoqué lors d’une discrète réunion au sein de la communauté Saint Egidio », nous apprend notre source. « De même, certaines organisations internationales de droit de l’homme, notamment Amnesty International qui a visité Kpatcha Gnassingbé à plusieurs reprises, avait mené un plaidoyer auprès des chefs d’Etats ».
Les dignitaires coutumiers de Pya, village natal des deux frères, n’étaient pas en reste. Ils ont mené des démarches pour faire libérer Kpatcha Gnassingbé afin de recoller les morceaux dans la famille présidentielle.
Il nous revient également que les Nations Unies ont plaidé pour son élargissement et celui de tous les prisonniers politiques pour la simple raison que l’ancien député de la Kozah avait purgé la moitié de sa peine. Généralement, pour une peine de prison de plus de 10 ans, au moins si la moitié de la peine est purgée, le détenu est éligible à la libération conditionnelle. Il est utile de rappeler que Kpatcha Gnassingbé est détention depuis avril 2009 et a purgé les 4/5 des 20 ans de réclusion criminelle à laquelle il a été condamné.
Selon certaines sources également, le Comité International de la Croix Rouge (CICR), saisi sur la situation de Kpatcha Gnassingbé, a demandé sa libération pour des raisons sanitaires. Depuis son retour du Gabon en août 2023, son état de santé demeure fragile et c’est dans cet état précaire qu’il continue de subir les conditions de rigueurs carcérales.
A cela s’ajoutent l’arrêt de la Cour de Justice de la CEDEAO attestant que Kpatcha Gnassingbé et ses codétenus n’avaient pas bénéficié d’un procès équitable, et l’avis du Groupe de Travail sur la détention arbitraire des Nations unies qui affirme que Kpatcha Gnassingbé est en détention arbitraire demande sa libération.
Tous ces plaidoyers et demandes mis bout en bout ont fini par convaincre beaucoup que Kpatcha Gnassingbé était aussi bénéficiaire de la décision de grâce de Faure Gnassingbé. Du coup, la rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre qu’il avait été libéré. Avant que les Togolais ne se rendent à l’évidence qu’il n’en était rien et que l’ancien ministre de la Défense est toujours maintenu en détention.
Et comme les Togolais ne manquent pas souvent d’imagination, une autre rumeur avait le tour du pays selon laquelle Kpatcha Gnassingbé se serait opposé à la grâce présidentielle accordée par son frère. Des allégations que réfutent avec véhémence ses proches. « Kpatcha Gnassingbé n’a jamais refusé une grâce présidentielle, contrairement à ce qui est dit. Il n’a reçu la visite d’aucune autorité judiciaire, qui lui aurait posé des conditions en vue de sa libération. Cette information est fausse », bat du revers de la main notre source.
Kpatcha Gnassingbé reste solidement attaché au pardon et à la réconciliation et n’a de cesse de prôner ces valeurs à ces visiteurs. Une manière pour lui de montrer qu’il ne représente aucunement un danger pour son frère au cas où il venait à être élargi. Mais ce gage ne semble pas convaincre le Président du conseil. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la rancune est tenace entre les frères « ennemis » et l’ancien ministre de la Défense va devoir purger la totalité de sa peine.
M.K.
Source : Liberté















