Fixer et respecter une heure de rendez-vous de travail, de réunion, de fête, d’obsèques ou autres, relève de la gageure dans nos sociétés modernes africaines. Je me suis souvent posé la question: pourquoi le retard systématique est-il devenu une norme ? Sommes-nous tarés ? Évidemment non.
Lorsqu’il est question d’intérêts personnels, les gens ne sont jamais en retard. Aux examens d’État, les candidats sont ponctuels sous peine d’interdiction de pénétrer dans la salle d’examens. Aux rendez-vous pour se faire offrir de l’argent, pas une seule minute de retard. C’est souvent une heure après l’heure fixée que se pointent la moitié des personnes concernées par un rendez-vous, une réunion. Certains je-m’en-foutistes n’arrivent que 15 minutes avant la fin de la réunion. C’est aussi le cas de certains journalistes qui ne débarquent qu’à la fin des conférences de presse des partis politiques et des ONG pour se gaver d’amuse-gueule et de boissons, et mendier 5 mille francs de transport.
Deux chambres salon meublés et climatisés avec cuisine
Découvre cette offre exceptionnelle de deux chambres, un salon meublé et climatisé avec cuisine, WC douche interne inclus situé à Adigogomé Yokoè Carrefour Kopégan non loin de la frontière TOGO-GHANA
Mon propos ne s’adresse pas au monde paysan auquel échappe encore la notion d’heure en tant que coupure artificielle d’une journée. Ne sont pris en compte que les grands moments de la journée: la matinée, le zénith, l’après-midi et la soirée. Je m’adresse aux citadins instruits à l’école occidentale.
De prime abord, en dehors de toutes autres considérations, il s’agit d’un manque total de respect vis-à-vis des autres protagonistes ou de la personne invitante. Apparemment, se montrer mal élevé et indiscipliné ne semble plus faire honte à personne.
Chez les universitaires, le refus de la ponctualité est une catastrophe. Il y a une dizaine d’années, lorsque l’Université de Kara envoyait des cars à Lomé, au Lycée de Tokoin, afin de transporter des enseignants de l’Université de Lomé pour des missions d’enseignement à Kara, face au désordre, l’heure du départ fixée à 7 heures, fut reportée à 7 heures 30. Peu après le départ, le chauffeur était assailli d’appels d’enseignants qui exigeaient de les attendre. Les moins indisciplinés arrêtaient le car au niveau de la Colombe de la Paix. Les autres dans la banlieue nord de la capitale où on devait les attendre. Ils prétendaient qu’ils rattraperaient le véhicule dans deux ou trois minutes. Au bout de cinq minutes, ils n’étaient pas là. J’exigeai alors le départ immédiat du car sinon je descendai et renonçai à ma mission en rendant le chauffeur responsable. Comme, souvent, les chauffeurs avaient peur du rapport que ces enseignants indisciplinés feraient contre eux à la hiérarchie, je leur enjoignai de dire que j’étais le responsable du refus de les attendre, au cas où ils auraient des plaintes à formuler. Une fois même, ce fut à Tsévié, à 30 km de Lomé qu’un appel d’un retardataire parvint au chauffeur ! Quand de tels cas d’indiscipline notoire survenaient, à mon grand étonnement, des enseignants présents se félicitaient de ma présence dans le car, parce qu’ils n’auraient pas osé, eux, protester. Hélas !
Deux anecdotes.
Premier anecdote. Invité par un ami mahométan à déjeuner à midi pour fêter la tabaski, un gourmand ne voulut rien manger par précaution avant de se rendre à 13 heures à l’invitation dans l’espoir de bien se remplir l’estomac. Il retourna à son domicile à 14 heures pour manger. Explication: c’est seulement à 14 heures que le mouton fut traîné sur pattes pour être abattu et dépecé ! Les invités, au mieux, ne mangeraient pas avant 16 heures !
Deuxième anecdote. Un jeune homme invita sa copine à un bar pour y prendre un pot. Une heure après l’heure du rancart, celle-ci se pointa et croyant que son amant était en retard, commanda plein de choses à boire et à manger. Après une heure de bombance, elle s’étonna du retard du mec et l’appela pour s’entendre dire qu’elle avait été attendue en vain et qu’il était rentré à la maison après une heure d’attente. Face au refus du mec de retourner au bar, elle exigea qu’il vînt pour payer l’addition et son transport de retour, car elle n’avait pas un sou en poche. Avait-elle fini son après-midi au commissariat de police ? Le mec n’en sut rien, car il avait rompu leur amourette sur-le-champ.
Au niveau des spectacles, c’est encore pire. Une représentation théâtrale programmée pour 19 heures peut facilement débuter à 20 heures 30. C’est à 19 heures que se fait la mise en place du décor et la dernière répétition ! Quant aux shows musicaux, il faut prendre son mal en patience. À l’heure dite, les appareils ne sont même pas encore branchés. Ensuite, la balance sonore et autres essais s’effectuent devant le public. C’est au minimum deux heures plus tard que les zozos daignent se présenter devant le public. Pauvre public ! La petite vedette, quand il y en a une, c’est avec quatre heures de retard qu’elle se présente, avec toute sa mauvaise éducation, devant le public !
Faut-il parler de certains ministres ? Souvent sollicités pour “ouvrir” ou “clôturer” des séminaires en tous genres, leurs retards bloquent le programme des activités et des journalistes qui doivent rendre compte de l’évènement. Quand ils sont polis, c’est une heure de retard. Ne savent-ils pas que la ponctualité est la politesse des grands, comme le dit l’adage ? Et les chefs de service de l’administration d’État qui ne respectent jamais les heures d’ouverture de leur administration ? Ils vont au boulot quand ils veulent et tant pis pour ceux qui ont besoin d’une signature ou d’un document urgent.
Que faut-il en conclure ?
Il appert que la notion de ponctualité qui ne fait pas l’objet d’une sanction, doit être intégrée dans l’éducation, car c’est un facteur important du vivre-ensemble. Quand aucune réunion ne peut débuter à l’heure, aucun rendez-vous respecter, il y a là un grave problème d’impolitesse, d’irrespect dont les fautifs ne sont même pas concients. La culture du retard est une calamité sociale comme on peut le constater auprès de nombre d’Africains de la diaspora. En effet, de retour au pays, le problème du retard semble s’être aggravé avec eux malgré leur long séjour en Occident où règne une culture plus respectueuse de la ponctualité et de la discipline. Toute une vie passée en Occident ne leur a rien appris sur la discipline et la ponctualité. Grave ! La situation est si inquiétante que la ponctualité tend même à devenir une tare dans nos pays. Une société qui aspire au développement doit comprendre que le développement est aussi une forme d’organisation et de discipline. Quand ses élites sont si indisciplinées, la fin du sous-développement n’est pas pour demain.
Ayayi Togoata APÉDO-AMA















