Alors que la libération de détenus par grâce présidentielle est saluée comme un geste humanitaire, des voix s’élèvent pour alerter sur un maillon faible du dispositif pénal : l’accompagnement post-carcéral. Pour Kao Atcholi, président de l’Association des victimes de torture au Togo (ASVITTO), l’absence d’une politique structurée de réinsertion compromet l’efficacité même de ces mesures de clémence.
La grâce présidentielle, régulièrement accordée à l’occasion de fêtes nationales ou d’événements symboliques, permet à de nombreux détenus de recouvrer la liberté. Mais une fois les portes de la prison franchies, beaucoup se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans formation, sans emploi et sans suivi social. Une situation qui, selon Kao Atcholi, favorise un cycle de récidive préoccupant.
« La majorité des personnes graciées ont été condamnées pour des délits mineurs : vol de poules, de tubercules d’igname, petits cambriolages », explique le président de l’ASVITTO. Pour lui, ces infractions traduisent avant tout une détresse sociale plus qu’une criminalité organisée.
Il cite le cas d’un mécanicien interpellé à Lomé pour vol de motocyclette, récemment libéré par grâce présidentielle, puis de nouveau arrêté peu après. « Certains semblent parfois mieux en prison qu’à l’extérieur, faute de perspectives et d’accompagnement », déplore-t-il, pointant l’absence de solutions concrètes à la sortie.
Face à ce constat, Kao Atcholi plaide pour une révision en profondeur de la politique de réinsertion. À ses yeux, les établissements pénitentiaires doivent devenir de véritables lieux d’éducation et de formation professionnelle.
« La prison devrait être un cadre d’apprentissage d’un métier. Les détenus doivent pouvoir sortir avec une qualification, un diplôme, une compétence leur permettant de vivre dignement sans retomber dans le vol », insiste-t-il. Il appelle également à l’intégration de programmes d’éducation morale et civique, afin de renforcer la responsabilité individuelle et le sens du vivre-ensemble.
Du côté des autorités, certaines initiatives sont en réflexion. La Direction de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion (DAPR) travaille notamment sur un programme de travail agricole volontaire destiné aux détenus, afin de leur offrir une activité structurante et des compétences utiles.
Mais, selon Adrissou Akibou, de la DAPR, la mise en œuvre d’un tel programme suppose une logistique adaptée, un renforcement de la sécurité et des ressources budgétaires conséquentes. Pour Kao Atcholi, ces efforts restent toutefois incomplets s’ils ne s’inscrivent pas dans un programme éducatif global.
« Il ne suffit pas de libérer. Il faut instruire, former et encadrer, pour que la libération devienne une véritable chance, et non un simple retour dans le cercle de la précarité et de la délinquance », martèle le président de l’ASVITTO.
Au-delà du geste humanitaire, la grâce présidentielle pose ainsi la question cruciale de la réintégration durable des anciens détenus. Sans politique cohérente et ambitieuse de réinsertion sociale et professionnelle, la récidive continuera de fragiliser les individus concernés et l’ensemble de la société. L’enjeu est clair : faire de la libération non pas une fin, mais le début d’un nouveau départ.
















