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Concours de recrutement des enseignants : Bientôt un an d’attente, les candidats inquiets

Photo illustration seulement / Unesco

Dossier/ Faut-il interdire les cours de répétition dans les écoles ?

11 mars 2021
dans EDUCATION
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En décidant par note de service en date du 1er mars 2021 portant la référence  N°021/2021/MEPSTA/CAB/SG d’interdire les cours de répétitions dans les établissements publics et privés du pays, le professeur Dodji Kokoroko, le ministre de tutelle du secteur de l’éducation, a réussi à diviser les acteurs socio-éducatifs et même au-delà. Et pourtant, cette mesure n’est pas inconnue du monde scolaire puisque en son temps le ministre Selom Klassou en charge du secteur de l’enseignement  avait déjà interdit la pratique quoique uniquement dans les établissements publics.

Désormais les cours de répétitions payants dans les établissements scolaires sont interdits. Ainsi en a décidé le ministre Kokoroko dans une note de service adressée aux directeurs régionaux et inspecteurs de l’enseignement. « Il m’a été donné de constater qu’il est instauré, au sein des établissements scolaires tant publics que privés, des cours de répétition payants dans presque toutes les disciplines. Ces cours vénaux, imposés ostensiblement aux élèves, s’organisent parfois dans les établissements avec la complicité des chefs d’établissement », motive le ministre  Kokoroko, qui  « demande aux enseignants de mettre fin aux cours de répétition dans les établissements scolaires ».

Si la mesure n’a pas pour l’instant reçu une réaction officielle des syndicats du secteur, dans l’opinion elle alimente les débats. Ainsi, la Ligue  des consommateurs du Togo (LCT) et l’Association des victimes de torture au Togo (ASVITTO) sont les premiers à réagir. Les deux associations, naguère très proches dans leurs approches n’ont plus cette fois-ci de position commune sur le sujet. Si la LCT approuve la mesure, l’ASVITTO la désapprouve. Des positions diamétralement opposées qui sont révélatrices de la fragilité des points de vue de chaque acteur.

 Ainsi, pour l’ASVITTO considérant les mobiles qui sous-tendent la décision tout en se réjouissant de la volonté du ministre de réduire les inégalités, note cependant que la mesure ne corrige pas ses inégalités mais au contraire exacerbe la baisse de niveau constatée ces derniers temps dans l’enseignement.  Tel n’est pas l’avis de la LCT qui estime que ces cours pénalisent les élèves qui n’ont pas de moyens financiers, car « les cours de répétition étant malheureusement pour certains enseignants, un instrument de menace, ce qui enfreint au code d’éthique qui régit l’enseignement, et aussi  rame à contre-courant de l’objectif de l’éducation pour tous que vise à atteindre notre pays », lit-on dans le document signé du président de la LCT, Emmanuel Sogadji.

Considérant que la COVID-19 a occasionné un retard dans l’enseignement dû au confinement, l’ASVITTO suggère plutôt « une réflexion orientée des principaux acteurs sur une vision et une dynamique de rattrapage avec pour souci de relever le niveau des apprenants ». Par conséquent, pour l’Association dirigée par l’ancien gendarme Atcholi-Kao, les cours de répétition doivent être plutôt encouragés et la recherche de l’égalité des chances aurait pu consister à harmoniser ces cours en y apportant une subvention en vue de les rendre accessibles aux plus démunis. Une piste de proposition qui parait judicieux à explorer quand on sait que la majorité de ceux qui assistent à ces cours dans les établissements scolaires viennent des milieux défavorisés. Mais tel n’est pas l’avis de la LCT qui s’octroie la paternité de la mesure. A en croire l’association de défense des consommateurs  la mesure fait partie d’une suggestion qu’elle avait faite au ministre dans le but de permettre aux enseignants de donner le meilleur d’eux-mêmes dans les salles de classe.

Première formation politique à s’intéresser au sujet, le Pacte socialiste pour le renouveau (PSR) fait une observation intéressante tout en suggérant au gouvernement de faire une réflexion sur un encadrement productif de ces répétitions et non une interdiction pure et simple. Ainsi, le parti de l’ancien candidat à l’élection présidentielle et enseignant de profession relève que de nombreux parents mieux nantis, très souvent recourent au recrutement de répétiteurs personnels à leurs enfants à domicile. Or, les élèves qui participent le plus souvent à ces répétitions dans les établissements scolaires sont, le plus souvent, ceux dont les parents n’ont pas les moyens de se procurer des répétiteurs à domicile ou qui ont besoin d’occuper leurs enfants alors qu’ils sont au service. Par conséquent, pour le PSR la rupture d’égalité des charges pédagogiques à laquelle le ministre fait référence paraît encore ambiguë et mérite clarification, écrit le professeur agrégée Komi Wolou.

Il poursuit qu’il n’est pas toujours établi que ces cours soient imposés aux élèves puisqu’ils sont parfois organisés en dehors de l’école habituelle de l’élève et par un encadreur autre que son enseignant habituel. Dans ces conditions, pour le PSR l’interdiction pure et simple des répétitions collectives serait une double sanction pour des familles défavorisées, note le parti.

L’avidité des enseignants…

 L’interdiction du ministre se justifie par l’avidité des enseignants actuels, nous apprend Kagni, un parent d’élève qui estime qu’à leur temps les enseignants leur faisaient ces cours sans rien percevoir. « Nous avons les cours qui débutent à 6 h du matin et le soir nous sommes les derniers à partir. Mais aucun enseignant n’exigeait aucune compensation financière. Ils le faisaient dans le souci de remonter le niveau des élèves. Aujourd’hui, les jeunes font carrière dans l’enseignement faute de n’avoir pas trouvé mieux ailleurs. Ils n’ont pas la vocation du métier et ils veulent s’enrichir aussi rapidement que possible », témoigne notre interlocuteur.

Pourl’Union des fondateurs des écoles laïques, le ministre a des raisons suffisantes pour interdire cette pratique dans les établissements scolaires, car les enseignants font des réserves de connaissances pour obliger les élèves à participer à ces cours. « L’enseignement est un métier où on est obligé de tout donner pour amener les élèves à se prendre en charge quand le moment viendra au niveau des devoirs et compositions », a confié le président de cette union M. Prince-Bedy.

Pour cette Union si l’enseignant opère des devoirs de réserve en classe et ne pousse pas les élèves vers la recherche de connaissance, l’envie de la connaissance, cet enseignant a raté sa vocation. « L’enseignant ne doit pas privilégier certains qui ont des moyens pour des cours de répétition et d’autres qui n’ont pas les moyens soient pénalisés », souligne M. Prince-Bedy. Et de poursuivre que si maintenant l’enseignant veut faire des cours de rattrapage pour mettre les élèves à niveau en ce moment-là c’est un cours de rattrapage qui est favorable à tout le monde mais quand on insère la notion de payer ça voudrait dire que certains sont exclus. Toutefois, précise M. Prince-Bedy, « si un parent veut avoir des cours de répétition à son enfant cela doit se faire à la maison. Ça n’intéresse plus l’Etat. Et les parents peuvent demander l’assistance des enseignants et payer convenablement ces derniers pour des cours de rattrapage ou de répétition supplémentaires qu’ils donnent à leurs enfants », a-t-il indiqué. Dans ce cas, le ministre ne doit pas outrepasser ses prérogatives pour venir donner des instructions jusque dans les maisons. Le rôle du ministre est de donner des orientations dans le domaine de l’enseignement sur le plan national. Son rôle se limite là. Il ne peut intervenir quand un parent décide d’engager un ou plusieurs répétiteurs à la maison pour son enfant. « L’état n’a pas vocation à s’ingérer dans les affaires privées des citoyens », conclut notre interlocuteur.

Comme on le voit le sujet objet de cette note est un peu délicat et les avis sont partagés. Pour l’heure, nous pensons que ce n’est pas l’urgence du moment. Il y a des urgences auxquels le ministre doit s’atteler le plus rapidement. En attendant, il y a lieu de réunir les principaux acteurs du secteur, à défaut des états généraux de l’enseignement annoncés depuis mais qui tarde à se concrétiser, en une journée de réflexion sur le sujet afin qu’une position commune soit adoptée.

Albert AGBEKO / togoscoop.info

Mots clés: EcoleEducationEnseignants
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