En Afrique de l’ouest, jamais les frontières n’ont été aussi étroites entre la paix et la guerre. Disons simplement par euphémisme que le feu couve.
La cohésion en Afrique de l’Ouest est loin d’être au beau fixe. En lieu et place d’une entente cordiale, caracterique des États d’une même région, c’est une atmosphère de méfiance, de suspicion, voire d’invectives ouvertes qui s’installe progressivement au sein de la communauté.
Certes, la guerre n’est pas formellement déclarée. Mais la paix non plus. Et c’est précisément cette zone grise — cette situation de ni paix ni guerre — qui rend le contexte plus dangereux encore. Car une guerre ouverte, aussi tragique soit-elle, obéit à des lignes de front claires. La tension larvée, elle, nourrit les malentendus, attise les rancœurs et prépare les explosions futures. D’où l’urgence d’agir, tant qu’il est encore temps d’exorciser le mal.
Au lendemain de l’attaque contre l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey, le Président nigérien est allé droit au but, sans détour diplomatique. Il a publiquement accusé les Présidents de la France, du Bénin et de la Côte d’Ivoire d’être des sponsors des fauteurs de troubles. Une sortie frontale, lourde de sens, qui révèle l’ampleur de la fracture régionale. Avant cette sortie, bien d’autres, aussi incisives de part et d’autre sont encore fraîches dans les mémoires.
Les tensions ne s’arrêtent pas là. Le pont politique entre le Bénin et le Togo porte des fissures. L’arrestation de Reckya Madougou, une citoyenne béninoise à qui Lomé déroulait jusque-là le tapis rouge, aurait été pour quelque chose… Les déclarations du Président Patrice Talon à l’époque étaient sans équivoque : « Elle a été arrêtée avec des valises pleines de liasse d’argent… Elle est financée par un pays voisin… »
Sous-entendu clair : le Togo.
Dans la même veine, le Niger et le Togo ont été soupçonnés de collusion avec les auteurs présumés de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 à Cotonou. La rumeur persistante l’auteur présumé de ladite tentative, aurait pris la direction de Lomé. Ce qui devrait faire monter d’un cran la colère à Cotonou.
Soupçons, insinuations : la parole s’est durcie, la confiance s’est effritée.
Un feu couve aujourd’hui au sein de ce qui reste de la CEDEAO. La situation est à la fois précaire et délicate, mais elle semble ne préoccuper personne à la hauteur du danger qu’elle représente. Pourtant, l’histoire nous a appris qu’aucune crise régionale ne naît par surprise : elle s’annonce, elle murmure, elle crépite avant de flamber.
« On sait comment ça commence, mais on ne sait jamais comment ça finit », aimait rappeler le Président Gnassingbé Eyadéma.
Faut-il donc attendre que les flammes lèchent les frontières pour agir ? La sagesse recommande pourtant qu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir.
Innocent Pato

















